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Festival de Cannes 2021 #10 – Belle de Mamoru Hosoda

Ce sera malheureusement le dernier film visionné lors de cette quinzaine de festival et je piaffe déjà d’envie à l’idée de la 75ème édition qui aura lieu l’année prochaine.

On termine en beauté avec une avant-première mondiale.

Il se nomme Belle (sous-titre « le dragon et la princesse aux taches de rousseur »).

C’est un film d’animation, ce que l’on ne voit pas souvent dans un festival français.

Dedans, vous y verrez des baleines trop cools et des effets d’optique qui vous feront croire à une séance 3D alors que vous n’avez pas de lunettes sur le pif.

Son réalisateur est Mamoru Hosoda, connu également pour Les Enfants-loup Ame et Yuki, Le Garçon et la bête ou Miraï ma petite soeur.

Et voici l’affiche :

De quoi ça parle ?

U est un monde virtuel, dans lequel chacun peut avoir son avatar AS. Dans ce monde, tout est possible, vous pouvez réécrire votre vie et changer le monde.

Ca tombe bien, l’héroïne Suzu n’aime pas vraiment sa vie. Traumatisée suite au décès accidentel de sa mère, elle ne parvient plus à chanter, et les dames de la chorale ont beau l’y encourager, rien n’y fait. Par contre, dans U, Suzu est Bell (c’est un jeu de mot en japonais) devenue Belle, la chanteuse pop la plus populaire du moment.

Sa vie est toute tracée, jusqu’à ce qu’un mystérieux Dragon débarque et perturbe l’un de ses concerts. Dragon est très agressif, son corps est couvert de bleus. La police du monde virtuel décide de le punir en « dévoilant son identité », afin qu’il assume publiquement son comportement anormal. Une grosse course poursuite est organisée, avec des rayons lasers verts géants pour retrouver le fameux Dragon parti se cacher dans son château.

Comme vous pouvez le voir en ces quelques lignes, le film repose beaucoup sur les notions d’honneur à la japonaise, ce qui peut rendre l’histoire difficile à comprendre à nos regards occidentaux. J’ai passé une bonne partie de la séance à me demander ce que ça pouvait bien faire aux joueurs que l’on dévoile leurs identités, sanction ultime. L’univers de U est un genre de Sims en réseau à l’échelle planétaire… Franchement, l’enjeu dramatique n’est pas bien tonitruant.

La clef de ce ressort scénaristique repose je crois sur le fait que le jeu vous révèle tel que vous êtes vraiment dans la vie. Une personne généreuse mais laide aura un avatar de BG dans le jeu. Une personne aigrie dans son quotidien aura un avatar ultra honteux.

Pourquoi voir ce film ?

J’vais vous dire, ce film m’a semblé être une grosse fanfiction de Ready Player One de Steven Spielberg croisée avec la Belle et la Bête de Walt Disney.

Les références ne sont même pas voilées. Le Dragon se fait appeler couramment la Bête, Belle est Belle, le château magique est le château magique, introuvable pour le commun des mortels à moins d’y être guidé. Il y a de petites IA qui correspondent à Lumière et aux autres serviteurs de la Bête. Vous y retrouverez également les roses enchantées, la séquence de la Belle et la Bête sur le balcon, puis la séquence où ça y est, ils s’aiment et valsent ensemble dans la salle de bal… Et vous avez un gros méchant blondinet qui ressemble à Gaston, mais qui se nomme pour les besoins du film Justin.

Force est de constater qu’il s’agit d’une réécriture plus ou moins assumée par quelqu’un qui semble être passionné par cet univers… J’aurais bien aimé savoir ça en amont, cela m’aurait évité de m’étonner toutes les deux minutes en me disant « oh purée, mais il copie là, non ? ».

Pour moi qui aime l’histoire de la Belle et la Bête (pas étonnant, c’est un film de monstres), j’ai été déçu. Cela ne m’aurait pas dérangé d’avoir une nouvelle analyse du conte sous forme de film d’animation. Mais là, la révision de l’histoire n’apporte pas grand chose, les personnages de Suzu et de Dragon ne sont pas suffisamment attachants pour que l’on s’intéresse à leur vie en dehors de U. Je n’ai pas compris le pourquoi du comment. Il me semble que l’idée, bonne au demeurant, n’a pas été assez travaillée et n’est pas aboutie.

Quitte à houspiller le scénario jusqu’au bout, celui-ci comporte également plusieurs incohérences et raccourcis qui font qu’on ne comprend pas toujours ce qui s’y passe. Les intrigues secondaires sentimentales passent un peu à la trappe, malgré quelques séquences très réussies. Enfin, c’est le bordel.

Il parait que le film a été terminé en speedant pour pouvoir être présenté à Cannes… Peut-être qu’il souffre d’un excès de précipitation.

Néanmoins, le gros point fort de ce film est son graphisme époustouflant. Visuellement, les images sont de toute beauté, que soit à l’intérieur de U ou dans la réalité, et on sent que Belle est passée pas loin d’un perfect sur ce plan là.

Côté musique, puisque le film est vendu comme une comédie musicale, les airs j-pop sont intéressants, mais pas suffisamment mis en valeur pour marquer les esprits.

Reste enfin un débat moral sympathique autour des réseaux sociaux et univers virtuels, plutôt bien conduit. Nous suivons en temps réel les commentaires postés par les joueurs de U à propos de la Belle et de Dragon, c’est assez amusant.

Dommage, ce film avait du potentiel… Malgré tout, Mamoru Hosoda est un réalisateur méritant, dont la carrière reste à suivre.

Y-a-t-il des monstres dans ce film ?

Il s’agit d’une réécriture de la Belle et la Bête, donc oui, il y a des monstres.

Pour aller un peu plus loin, les avatars dans U sont souvent eux-mêmes monstrueux et flirtent avec le concept des yokais. Le film mériterait sans doute une analyse plus poussée sur ce point.

Le film est attendu en décembre 2021 pour les salles françaises.

Retrouvez les précédentes chroniques du Festival de Cannes 2021 :

#01 Présentation du projet

#02 La cérémonie d’ouverture

#03 Annette de Leos Carax

#04 Benedetta de Paul Verhoeven

#05 Bergman Island de Mia Hansen-Løve

#06 Flag Day de Sean Penn

#07 Aline de Valérie Lemercier

#08 Un Héros de Asghar Farhadi

#09 Red Rocket de Sean Baker

7 commentaires sur « Festival de Cannes 2021 #10 – Belle de Mamoru Hosoda »

  1. Après « le garçon et la Bête », voilà que Hosoda s’attaque à la « Belle ». Je pense en effet que la référence est assumée, cela m’évoque plus une adaptation qu’un véritable plagiat. Tu cites « Ready Player One », mais je pense davantage à « Summer Wars » que Hosoda a réalisé bien avant « Ready Player One » et qui interrogeait déjà les interactions entre vie « IRL » et monde virtuel. Je pense qu’il cherche à travers ce film à actualiser son propos et à le marier à l’univers des contes (cette dernière thématique étant déjà au coeur du « Garçon et la Bête »). Hosoda étant à mes yeux un des plus grands de l’animation japonaise actuelle, sans doute le plus brillant à reprendre le flambeau déclinant de Miyazaki, je crois que, malgré tes réserves, en décembre j’y serai certainement.

    Le film était en compétition ?

    Aimé par 1 personne

    1. Oh, ce n’est pas un plagiat en effet. (Sur deux trois scènes, on pourrait quand même jouer au jeu des sept erreurs avec le Disney) Ce que je lui reproche, c’est de ne pas avoir indiqué clairement dans le résumé qu’il s’agissait d’une réécriture et d’avoir attendu le premier tiers du film pour révéler ses intentions. Le découvrir au fur et à mesure alors que je m’attendais à une histoire inédite, ça m’a perturbé. Sinon, j’aurais peut-être applaudi le pastiche.
      Pour Summer Wars, je ne l’ai pas vu, mais je veux bien te croire. =)
      En définitive, je trouve que Belle regorge de bonnes idées, mais que celles-ci restent malheureusement non abouties. Il y avait moyen de faire de ce film un chef d’œuvre (ne serait-ce qu’en voyant la qualité visuelle des images) et au final, le résultat est plutôt pataud et confus… C’est vraiment dommage ! Il était présenté en catégorie Cannes Première. Je ne crois pas qu’il pouvait concourir avec ceux de la sélection officielle, mais pour la caméra d’or peut-être.
      On verra en décembre quelle sera ta future critique. ^^
      Sinon, en animation japonaise, j’aime bien le travail d’Isao Takahata même s’il sort des films quasi aussi souvent que Leos Carax.

      Aimé par 1 personne

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