Film : Le Chant du Missouri de Vincente Minnelli

Scénario de Irving Brecher, Fred F. Finklehoffe ; d’après le roman de Sally Benson

Les traditions d’Halloween en l’an 1903

Vous connaissez le Chant du Missouri ?

Vous allez dire que j’abuse, qu’il n’y a pas un poil de nez de monstre là-dedans. Et pourtant, ce film mérite une place douillette au sein de la Monstrothèque.

Oui, c’est une comédie musicale. (Une de mes préférées, d’ailleurs, avec Judy Garland.)

Oui, c’est de la romance pure et dure, avec l’histoire d’une famille parfaite, dont les deux jeunes filles parfaites vont tomber amoureuses de deux gentlemen parfaits, pour aboutir à un mariage parfait. 

Mais, dans cette merveille oubliée du cinéma américain des années 1944 (pas la période la plus aisée pour sortir un film), se trouve une séquence cultissime à propos de la fête d’Halloween.

Une petite séance de monstruosités racontée par des enfants de cinq à dix ans, que je me dois absolument de vous faire partager.

Lâchez donc les citrouilles et mouillez la farine !

Le pitch :

Le quotidien d’une famille américaine en l’an 1903 : premiers amours, premiers chagrins.

Je pouvais difficilement vous la faire plus concise.

Ce film est également une déclaration passionnée pour la ville de Saint Louis, terre de nos héros qu’ils ne peuvent se résoudre à quitter, même pour aller vivre à New York dans un plus chic appartement.

On nait au Missouri, on meurt au Missouri, c’est comme ça et pas autrement.

Rencontre-moi à Saint Louis :

Pour vous donner quelques informations générales, sachez que cette bobine en Technicolor au demeurant sans prétention est devenue le plus grand succès américain après Autant en emporte le vent de Victor Fleming.

Flirtant sur des airs de nostalgie — comme White Christmas qui avait pour but de rappeler la douceur du foyer aux soldats partis en guerre —, notre Chant du Missouri célèbre les valeurs fondamentales réconfortantes, telles que la famille, l’union, l’amour, les fêtes de fin d’année, les bals… Bref, tout ce qui fait larmoyer les gens en tant de crise.

Le scénario a été écrit à partir d’un recueil de souvenirs heureux, tout simplement reliés les uns aux autres par un fil conducteur romantique. Il n’y a aucun axe dramatique, aucun rebondissement, ni twist, et pas de dénouement mémorable. À la place, Vincente Minnelli nous propose de voir vivre des individus. Le début du film commence avec la préparation de l’exposition universelle de Saint-Louis, la fin se termine une fois que s’est tenue cette glorieuse exposition… c’est tout.

Ceci est un tableau dans lequel on aimerait se plonger, à la façon des livres de Jane Austen sur la bonne société anglaise, du monde paisible et merveilleux de Mary Poppins, ou de la série Downton Abbey.

Dans ce film, vous croiserez une Judy Garland particulièrement en forme, rebelle, parce qu’elle en avait assez de jouer des petites filles. Âgée de 21 ans, la Judy voulait s’émanciper, et comme son personnage, devenir enfin adulte. Les chansons interprétées par elle ainsi que les autres acteurs sont cultissimes.

Qui n’a jamais entendu le classique de Noël Have Yourself a Merry Little Christmas ou encore le merveilleux Trolley song, qui reste en tête des heures durant. (« Clang, clang, clang went the trolley, ding, ding, ding went the bell… ») Cette chanson a failli remporter un Oscar et elle est classée 23e sur le top 100 des airs mémorables du cinéma américain.

Si vous pensez ce film mièvre et guimauve, détrompez-vous.

D’une part, il comporte énormément d’humour et les dialogues sont juste émouvants. Les séquences dansantes sont enjouées et parfois hilarantes. (Vous ne verrez plus jamais un quick step de la même manière !)

D’autre part, Le Chant du Missouri donne la part belle à des personnages féminins forts qui vont beaucoup attendre des hommes et qui sauront réclamer lorsqu’ils se sentiront lésés. Nous avons enfin la petite Tootie Smith, interprétée par Margaret O’Brien alors âgée de 7 ans.

Tootie Smith… LA petite fille génialissime qui va mettre fin à vos idées reçues sur la jeunesse. Obsédée par la mort, Tootie ne parle que d’enterrer une à une ses poupées ou éventuellement creuser un tunnel jusqu’à chez la voisine pour aller lui pourrir la vie. Elle aime les blagues morbides, décapiter des bonhommes de neige et mentir pour faire punir les autres à sa place.

C’est elle l’héroïne de notre séquence Halloween.

Halloween, aujourd’hui :

Je ne vais rien vous apprendre de vraiment nouveau. Halloween est une fête pratiquée dans le monde entier qui connaît des effets de mode selon les pays. Elle se déroule le 31 octobre de chaque année. Ses origines sont païennes, elle a pour objectif de précéder la Toussaint et de permettre aux morts et aux monstres de nous rendre temporairement visite. En gros, à chaque fois, il se passe des évènements bien mystérieux.

Halloween est sans doute mon jour préféré dans l’année. (Normal, vous me direz, en ma qualité de monstrothécaire) J’en ai des souvenirs d’enfance incroyables, puisque chez mes parents, la célébration d’Halloween était une véritable convention. Le salon se transformait en laboratoire, nous plantions des épouvantails monstrueux dans le jardin, il y avait des lanternes partout, des toiles d’araignée dans chaque couloir, des fantômes suspendus dans différentes pièces… Rien de spécialement gore, juste beaucoup de bricolage et d’imagination.

Et puis il y avait les histoires angoissantes que nous nous racontions.

Aujourd’hui, Halloween n’a plus grand-chose à voir. En tout cas, les traditions actuelles ne sont plus celles que j’ai connues. Même le célèbre « trick or treat » n’est plus très en vogue, quand bien même l’usage date des années 1930 aux USA. (Dommage ! Ils avaient eu une bonne idée à ce sujet : aux États-Unis, certains enfants faisaient du porte-à-porte non pas pour des bonbons, mais pour que les habitants donnent une pièce dans une sorte de caissette au profit de l’UNICEF. En 2006, l’UNICEF a été obligé d’arrêter ce concept pour des problèmes de sécurité.)

Mais Halloween en l’an 1903 était encore autre chose. C’était le règne des mille cent farces, pas toujours de bon goût. Il fallait que les adultes paient pour leurs méfaits du reste de l’année. Les mauvaises blagues se multipliaient : ficelles tendues dans la rue pour faire trébucher, poignées de porte de deux maisons voisines rattachées ensemble, fenêtres savonnées, sièges repeints à la mélasse, les animaux étaient libérés, des chaises à bascule se retrouvaient mystérieusement sur des toits… Évidemment, c’était aussi l’époque des fameux jets de farine.

Tout cela n’a pas duré : les adultes se sont lassés des plaisanteries potaches, le gouvernement a fait savoir qu’il était cruel de déranger le soir dans leur quiétude les bons travailleurs américains. Puis avec les années d’effort de guerre, il fallait bien sûr économiser et non pas gaspiller.

Toutefois, les farces d’Halloween ont tant et si bien marché durant des années qu’aujourd’hui, on donne par habitude, la tradition s’est ancrée en oubliant la partie mauvais sorts. Quelques villes connaissent des problèmes localisés, avec des actes de malveillance : jets de pavés, tags, agressions… Des choses pas jolies jolies et condamnables.

Plutôt que d’analyser Le Chant du Missouri, je vous propose à la place une lecture de trois quatre séquences clefs, afin que vous puissiez découvrir comment tout ce passage Halloweenesque est présenté.

Il faut savoir que cette partie a jadis été censurée et coupée au montage. (Jugée trop glauque pour une comédie romantique !) Elle existait néanmoins à l’origine et on la retrouve aujourd’hui sur les dvds du film.

Comme je vous l’ai dit en introduction, Halloween est racontée du point de vue des deux plus jeunes enfants de la famille Smith, Tootie et Agnes.

Tout est pensé pour susciter de l’angoisse, que ce soit les décors, les costumes, les lumières, la musique, et même le choix des termes employés dans les dialogues. (Ceux-ci sont repris des sous-titres français, je n’ai pas voulu me lancer dans de la traduction.)

J’espère vous encourager à voir ce film si vous ne le connaissez pas, parce qu’il mérité d’être connu.

Lecture de séquence — Se préparer pour Halloween :

(Début à 46min47)

Une page de titre présente le manoir familial dans un décor d’Halloween. La date est mentionnée : Automne 1903.

Zoom avant sur le manoir, puis fondu entre deux scènes. Nuit noire, les fenêtres du manoir éclairées se distinguent dans l’obscurité. Zoom avant, nous avançons pour entrer dans les murs.

Gros plan sur une bougie et au-dessus, un bout de charbon qui brûle au bout d’une fourchette. Sur la droite, des masques sont visibles.

Nous distinguons la main puis la personne qui tient la fourchette : c’est la grande sœur Esther qui prépare du maquillage fait maison. À droite, les deux petites Agnes et Tootie sont déjà costumées.

Esther : Profitez de ces vacances, mais attention au jardin de Madame Truett

Esther noircit les mains des deux petites avec le charbon.

Agnes : Oui… elle est gentille… Mais on se vengera de Monsieur Braukoff. Ce sera un avertissement.

Tootie : Il le mérite ! Il empoisonne les chats !

Esther : Il empoisonne les chats ?

Tootie : Il achète de la viande et du poison et il mélange tout ensemble.

Agnes : Et à minuit, il brûle les chats dans son fourneau.

Esther : Vous en êtes sûres ?

Agnes : Johnny a regardé par la fenêtre… Il a vu les chats morts.

Tootie : Et Monsieur Braukoff battait sa femme avec un fer rouge !

Esther : Je ne l’aurais jamais imaginé. Il a l’air tellement gentil.

Tootie : Et aussi…

Agnes : Ne le dis pas ! Tu as juré de ne pas le dire !

Esther place un faux-nez sur le nez de Tootie.

Tootie : Oui, mais sans tendre le bras. Monsieur Braukoff a des bouteilles de whisky vides dans sa cave !

Sortie en fondu.

Lecture de séquence — Dernières consignes avant Halloween :

(Début à 48min13)

Dans la cuisine, Madame Smith la mère et Katie la servante s’activent pour préparer le repas.

Agnes et Tootie, toutes déguisées et avec leurs masques s’avancent. Leur mère les aperçoit, mais les fillettes lui font signe de ne rien dire. Esther entre derrière elles pour assister à la scène.

Agnes : Bouh !

Katie : AAAAH ! Madame, qui sont ces garçons ?

Les deux fillettes rigolent.

Agnes : C’est moi Katie, Agnes…

Katie : Vous m’avez eue !

Tootie glousse comme une dinde juvénile et va dans les jupons de sa mère. 

Tootie : Elle ne nous a pas reconnues !

Madame Smith : Si vous avez attrapé Katie, personne ne vous reconnaîtra.

Le téléphone sonne, Esther sort.

Esther : Je vais répondre.

Katie (à Agnes) : Je croyais que tu étais un fantôme !

Agnes retire son masque de squelette.

Agnes : Oui je suis un fantôme ivre et elle (Tootie) un fantôme horrible.

Tootie : Elle (Agnes) a été assassinée et je suis morte de chagrin. On ne m’a pas enterré, on a trop peur de moi.

Katie désapprouve.

Grand-père (voix off) : Ouuuuh !

Le grand-père entre dans la pièce.

Grand-père : Voici la farine.

Agnes (effrayée) : Avez-vous entendu une plainte ? 

Grand-père : Comme ça ? Ouuuuh !

Agnes opine du chef.

Grand-père : Je n’ai rien entendu.

Le grand-père donne des sacs de farine.

Madame Smith : Ne jetez pas trop de farine sur les gens !

Tootie : Une poignée… En pleine figure.

Esther rentre dans la pièce.

Esther : Madame Wilk prie les enfants de rapporter le hamac s’ils le volent.

Madame Smith : Et rentrez tôt, ou pas de glace.

Grand-père : Je ne sortirai pas ce soir pour un million de dollars !

Les fillettes se regardent avec angoisse.

Agnes : Nous sommes braves.

Grand-père : Si vous mouillez la farine avant, elle collera à la victime.

Anna acquiesce, prend Tootie par la main et avance dehors.

Le grand-père se penche par la porte pour les regarder sortir. Le vent fait voler les feuilles mortes. Il fait nuit noire. Des ombres plus grandes qu’elles s’agitent sur le mur de la maison. La musique se fait angoissante, à grand renfort de cuivres. Elles avancent en regardant autour d’elles. On entend en voix off les cris d’autres enfants.

Lecture de séquence — Feu de joie d’Halloween :

(Début à 49min57)

Enchaînement en contrechamp : nous voyons brusquement ce que voient Agnes et Tootie. Treize jeunes enfants costumés ont allumé un grand feu. Ils font la chaîne pour se passer du combustible : chaises, cadres de fenêtres, roue en bois, banc de ville, tout ce qu’ils trouvent… Ça crie, ça hurle, ça vole chez les gens et ça détruit. Tous les enfants se réunissent en cercle autour du feu.

Un enfant : Attaquez les Braukoff !

Un second enfant : Oh, non, pas les Braukoff !

Un enfant : Pourquoi, tu as peur ?

Second enfant : On prend les Mitchell.

Cris d’approbation. Cinq-six enfants font demi-tour pour se diriger vers la caméra. Ils tombent nez à nez avec Agnes et Tootie, toujours figées. Les enfants se dépêchent de remettre leurs masques de monstres.

Ils reculent en marche arrière en direction du feu, cachant avec soin leurs visages. Agnes et Tootie s’avancent vers le feu, dos à la caméra.

Plan sur le visage de Tootie.

Plan sur les visages de deux enfants, qui retirent lentement leurs masques. Mouvement panoramique vers la gauche pour voir le visage des différents enfants costumés et maquillés.

Un enfant : Qui es-tu ?

Plan sur Agnes et Tootie. Agnes enlève son masque de squelette.

Agnes : C’est moi ! Agnes !

Le même enfant (en pointant du doigt Tootie) : Et ça ?

Agnes : C’est Tootie.

Tootie enlève son faux-nez et ses lunettes. Cri de joie des enfants.

Un enfant : Bien, allez avec eux, ils vont chez les Braukoff !

Un autre enfant : Non, chez les Mitchell !

Le premier enfant : Bien, chez les Mitchell ! Tuez-les tous !

Les enfants se mettent à courir en direction de chez les Mitchell. L’un d’entre eux arrête cependant Tootie.

L’enfant : Tu es trop petite.

Agnes prend Tootie à partie.

Agnes : Reste ici. Et ne touche pas au feu.

Tootie reste toute seule, un peu triste. Elle tente de se rapprocher d’autres enfants qui jettent des meubles dans le feu.

Tootie : Je peux aider ! Je peux aider !

Les enfants plus âgés ne s’intéressent pas à Tootie et l’ignorent. Tootie réessaie auprès d’un autre groupe, sans davantage de succès.

Un grand garçon arrive.

Le grand garçon : On a tué encore huit personnes !

Autre enfant : On les a torturés. On leur a brûlé la plante des pieds !

L’enfant du départ : Les Braukoff à présent.

Un autre enfant : Non, les Ferris !

L’enfant du départ : Entendu. Détruisez leur maison !

Les enfants repartent en courant, laissant Tootie toute seule. Tootie leur court après avec désespoir.

Tootie : Je peux y aller ?

Enfant : Non, non. Tu es trop petite.  

Autre enfant : Pourquoi ne rentres-tu pas chez toi ?

L’enfant qui mène le troupeau jette un objet en bois dans le feu et hurle.

Enfant : Quelqu’un pour les Braukoff !

Tootie : J’y vais ! J’y vais !

Un autre enfant : Tootie peut y aller.

Troisième enfant : Non. Les Braukoff ont un chien féroce. Ils vont la dévorer.

Le premier enfant : Oui Tootie, rentre chez toi.

Plan sur le visage de Tootie, suppliante.

Tootie : Non ! Je veux tuer les Braukoff !

Plan sur le visage du premier enfant qui réfléchit, regarde autour de lui et se décide.

Le premier enfant : Bon ! Tootie va chez les Braukoff ! Jette la farine sur Braukoff en lui disant « je vous hais ». Sinon tu seras hantée ! (à un autre enfant) Donne-lui de la farine.

Plan sur le visage de Tootie qui rapproche d’elle le sac que lui a donné son grand-père.

Tootie : J’en ai déjà !

Tootie s’en retourne seule et solitaire, accomplir sa lourde mission. Panoramique vers la droite, la caméra accompagne ses pas et les autres enfants immobiles la regardent passer. Le champ s’élargit, la route paraît immense, mais la toute petite Tootie continue son périple dans l’obscurité.

Plan en contrechamp sur le visage de Tootie qui a peur, mais qui ne veut pas le montrer. Elle essuie la sueur sur son visage et retire le faux-nez qui la gêne. Lorsqu’elle est suffisamment éloignée, les enfants en arrière-plan recommencent à crier et à jeter des objets dans le feu de joie. La musique qui accompagne la scène rythme les pas de Tootie, elle est entraînante et presque joyeuse.

Tootie garde une main sur son écharpe pour la tenir fermée autour de son cou. Elle regarde à gauche, à droite, tenant contre sa poitrine son paquet de farine. Plus elle s’éloigne, plus le vent recommence à souffler. Des bourrasques sont visibles en arrière-plan. Une lumière vive comme des phares passe sur son visage et disparaît. Elle ouvre de grands yeux inquiets. Derrière elles, les feuilles continuent de s’envoler, comme si le vent froid d’automne la talonnait. Ses pas deviennent plus incertains, sa respiration s’accélère. La musique d’ambiance devient plus nerveuse. Elle passe à côté d’une diligence et le cheval hennit en la faisant sursauter. Tootie s’écarte.

Le vent souffle de plus en plus fort. Les cuivres jouent crescendo. Panique générale.

Puis plan en contrechamp sur la maison des Braukoff.

Lecture de séquence — Jeter de la farine :

(Début à 53min15)

Au loin, à travers une fenêtre, on peut distinguer Monsieur Braukoff qui lit son journal à côté de son épouse. Tootie court jusqu’à la porte d’entrée. Elle se cache pour observer ce qui se passe, remet son faux-nez et ses fausses lunettes. Elle se mouche avec un doigt et s’approche de la fenêtre.

À travers la vitre, nous distinguons Monsieur Braukoff qui lit au premier plan, grand et menaçant. Au loin, sa femme assise dans un fauteuil ne fait rien de particulier, elle surveille. Sur la droite, un chien peu amical est assis en sphinx. Tant Madame Braukoff que le chien regardent vers ce qu’on suppose être la fenêtre, sans pour autant distinguer Tootie.

Le chien tourne la tête et nous balance un regard face caméra du feu de dieu. Il tire la langue et se lèche les babines.

Plan sur Tootie qui est terrifiée. Elle se relève et fait demi-tour, comme pour s’en aller. Nous la voyons face à nous et en arrière-plan la dangereuse fenêtre qui s’éloigne. Puis elle opère un délicat demi-tour vers la porte et ouvre son sac de farine. Elle en prend ce qu’on suppose être une large poignée. Elle va jusqu’à la porte et active la sonnette, avant de reculer de trois pas.

Nous apercevons Monsieur Braukoff qui approche et ouvre la porte, accompagné de son molosse.  

Plan en plongée sur le visage de Tootie. Nous sommes à hauteur de regard de Monsieur Braukoff et nous voyons la petite paralysée.

Plan en contrechamp, retour au point de vue de Tootie. Monsieur Braukoff aboie.

Monsieur Braukoff : Eh bien ?

Tootie : Je… Je vous hais, Monsieur Braukoff !

Elle envoie sa poignée de farine sur le visage de l’homme patibulaire. Lui ouvre la bouche pour protester mais la referme avec dignité. Il s’ébroue en direction de la petite. Tootie crie et s’enfuit en courant.

Monsieur Braukoff rigole et sort un mouchoir d’une poche pour s’essuyer le visage. Il jette un regard à son chien qui est en train de lécher la farine par terre avec beaucoup d’appétit.

Plan sur Tootie qui court en direction du feu de joie. Le vent se remet à souffler derrière elle, la musique est une vraie cavalcade.

Agnes attrape Tootie qui est toujours sous le choc. Elle l’entraîne sur le côté pour la protéger.

Agnes : Tootie ! Tootie, qu’as-tu fait ?

Une enfant du début : Elle a tué les Braukoff !

Agnes : Toute seule ?

L’enfant : Ça ne va pas Tootie ? Le chien t’a mordue ?

Agnes : Monsieur Braukoff t’a chassée ? Tu es muette Tootie ?

Tootie (cri du cœur) : Je l’ai tué !

Agnes : Elle l’a tué, toute seule !

Agnes attrape Tootie et demande l’attention des autres enfants. Elle la traine de force vers le feu où tout le monde est réuni.

Agnes : Tootie a tué les Braukoff ! C’est la plus brave !

Enfant : Oui ! Tootie est la plus horrible !

Cris d’approbation de tous les enfants. Cris de joie, tout le monde est content. Un sourire apparaît enfin sur le visage figé de Tootie.

Enfant : Tu ne seras pas hantée ! Tiens, jette ça dans le feu !

L’enfant lui tend une chaise plus grosse qu’elle. Tootie l’attrape avec bonheur.

Tootie : Je suis la plus horrible ! La plus horrible !

Musique joyeuse. Tootie jette la chaise, tous les enfants hurlent de joie et recommencent à alimenter le feu. Maintenant, tout le monde tend du combustible à Tootie qui est désormais l’une des leurs.

Fondu au noir. (Fin à 55min45)

Sources : Wikipédia et Allociné, Dvdclassik.com et Smithsonianmag.com

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