Cannes 2022 #01 – Triangle of sadness de Ruben Östlund

Retour en terre chérie cannoise. Je vous passe le préambule de la cérémonie d’ouverture, où ça chantait du Johnny et ça faisait de la politique. Je vous épargne les longs, affreux, abominables, terrifiants, apocalyptiques déboires de la billetterie électronique. (Là où l’on découvre que l’on est bien peu de chose face à la technologie lorsque celle-ci ne veut pas fonctionner, et qu’il n’existe plus aucune alternative.)

Je ne vous raconterai pas la détresse des cinéphiles sur place, qui se sont retrouvés sans possibilité de retirer des places hormis via quelques bornes pour des milliers de personnes, et le festival qui refusait de communiquer sur le problème. Sachez que si je dois passer à la boutique souvenir, je demanderai un mug « 504 Gateway timeout », un porte-clef « 502 Bad Gateway », un stylo « Runtime error », ou encore un tapis de souris « too many connections ». Mes principaux souvenirs de ce début de festival.

Mais bon. On a quand même fini par obtenir des billets. Et Pierre Lescure, dans sa toute grande générosité, nous a envoyé un mail pour nous dire qu’on pourrait aller sans réservation aux séances que personne ne veut, c’est à dire celles à 30 minutes de bus du centre-ville. Youpi.

Quelqu’un dans la salle du cinéum (à 30 minutes de bus du centre-ville) a eu la bonne idée de dire « voici le cinéma des pauvres » par opposition au palais des festival de l’hypercentre, projetant exactement les mêmes films, mais dont les billets sont distribués en priorité à tous les invités prestigieux.

On était presque raccord avec le premier film de la saison : Triangle of sadness de Ruben Östlund (Titré « Sans filtre », en français. On se demande encore comment ils ont traduits ça.)

J’aurais ADORE découvrir ce film en séance de gala, en présence du gratin cannois puisqu’il s’agit d’une critique douce-amère… des travers des gens fortunés.

Une comédie dramatique qui a arraché des barres de rire à toute la salle, en séance du lendemain. Mais vraiment !

Triangle of sadness de Ruben Östlund

De quoi ça parle ?

De communisme et de capitalisme. Prenez un bateau de croisière, blindez-le de gens fortunés : marchands d’armes, ingénieurs en nouvelles technologies, top models et influenceurs, et balancez la tempête.

Quand les embruns renverseront leurs estomacs, une seule personne parviendra à les sauver.

Ceci, messieurs dames, est la revanche des dames-pipi.

(S’il n’est pas vendeur, ce pitch…)

Pourquoi voir ce film ?

Parce qu’on passe vraiment un bon moment. Il s’agit d’une succession de situations comiques parfaitement cyniques, et plutôt réalistes.

C’est d’ailleurs le slogan du film : le cynisme, caché derrière un voile d’optimisme.

On sent un léger règlement de comptes. Ou une nausée exacerbée face au monde contemporain, au choix.

Le cynisme commence par quelques rires en coin, pour se développer en apothéose dans des scènes cruelles, où les friqués se retrouvent couverts d’immondices et obligés de vendre leurs corps pour quelques bretzels apéritifs.

Pour critiquer les différences de classe sociale, quoi de mieux que de partir sur la thématique des bateaux de croisière, où les très riches du pont 14 côtoient les pauvres membres de l’équipage du pont 3 ? Jusqu’à la tempête à bord qui va renverser les rapports dominants-dominés à l’extrême inverse.

Le scénario est habile et osé, on ne s’ennuie pas malgré un film long (2h20, faut les tenir quand même) et le jeu d’acteur est juste pile poil, de même que la photographie de l’image. Il parait que ce film a demandé cinq ans de travail préparatoire, ne serait-ce que pour l’écriture, et je veux bien le croire.

Les passages fonctionnant à l’humour scatologique ou émétique sont bien insérés dans la trame générale, de sorte qu’ils ne choquent pas et ne paraissent pas vulgaires. (Au pire, prévoyez les petits bonbons au gingembre…)

Gros coup de cœur. J’ignore s’il sera primé, car je pense que la concurrence au sein de la sélection officielle est rude, mais il est à découvrir, ne serait-ce que pour rire un peu.

A bientôt pour un petit film japonais sur la fin de vie, le suicide, la solitude et le chagrin. (Enjoy !)

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer