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Festival de Cannes 2022 #04 – Decision to leave de Park Chan-wook

Troisième film de la sélection officielle du festival. Titre original :헤어질 결심 et ça se prononce Heeojil gyeolsim. Comme ça, vous savez tout.

Je vais revenir une minute sur mes problèmes de billetterie électronique et vous raconter comment on peut utiliser celle-ci à son avantage. A Cannes pour rappel, vous devez 1) être accrédité 2) disposer d’un billet pour chaque séance, ces billets étant cessibles et échangeables avec les autres festivaliers.

Cette année, il y eut une légère cacophonie à cause d’un site web de réservation pas à la hauteur, et quelques attaques de pirates qui ne correspondaient pas vraiment à mon souvenir de Jack Sparrow.

Résultat : après plusieurs journées de blocage total du site de réservation, il a été décidé que pour fluidifier l’ensemble des connexions, tous les « pros » accéderaient à la billetterie électronique dès 7 heures du matin, et tous les « touristes » à 8 heures. De fait, à 8 heures, il ne restait plus beaucoup de places de rêve à se mettre sous la dent, les meilleures étaient déjà parties.

Vient la meilleure amie du festivalier, la rubrique « places de dernière minute ». Chaque jour, heure, seconde, les personnes qui décident de ne pas se rendre à une séance doivent l’annuler pour éviter des pénalités. (Première sanction : avertissement lugubre par mail / Seconde sanction : annulation de tous vos billets déjà réservés et vous devez aller présenter vos excuses à Thierry Frémaux.)

Donc, si vous restez accroché à votre page billetterie tel un molosse de l’enfer, appuyant de sa truffe putride sur la touche F5 sans interruption, vous finissez par tomber sur le bandeau vert « nouvelles places disponibles » parce que quelqu’un vient d’annuler sa place, et là, vous avez un espace-temps de deux ou trois secondes où il faut être réactif et cliquer sur le bouton « oui fuck bordel re-fuck bloody hell, je veux réserver ».

C’est comme ça qu’on se retrouve avec un téléphone portable greffé à la main pendant une semaine, non-stop, expérience bizarre quand on n’en a pas l’habitude. Dans les files d’attente. Avant les séances. Après les séances. Même dans la file d’attente des toilettes. TOUT LE MONDE est connecté sur le site de la billetterie. A 8h, à 23h, peu importe. Au festival, on se reconnaît à ça.

On pourrait paraître fou… mais ça marche. J’ai réussi à obtenir des billets pour le film sur lequel je faisais une fixette, celui de Park Chan-wook, objet de cet article. Mais également des places pour des séances du soir (en Debussy), des séances du matin (en GTL), le colloque du 75ème… En définitive, des billets très plaisants, même si les séances de gala restent peu accessibles.

En bref, ne désespérez jamais. Le Festival de Cannes réserve toujours bien des surprises, mais on parvient presque toujours à voir ce qu’on a envie de voir. (Et au pire, on sort de sa zone de confort et on part faire des découvertes.)

Et donc : mon petit film du jour…

Decision to leave de Park Chan-wook

De quoi ça parle ?

En Corée, un homme est retrouvé mort au pied d’une montagne. Suicide ? Peut-être pas.

Très vite, notre vaillant policier va trouver sa veuve fortement suspecte. Mais elle est belle et il lui offre des sushis de luxe. Il commence à l’espionner jour et nuit, conscient que ses sentiments pour elle prennent une tournure de plus en plus non professionnelle.

Pourquoi voir ce film ?

Parce que c’est du Park Chan-wook, meilleur argument subjectif au monde. =)

Plus sérieusement, parce que ce réalisateur est connu et reconnu pour ses réalisations ultra chiadées et ses scénarios complexes. Decision to leave n’y fait pas exception, mais tombe malheureusement dans l’excès.

En cours de projection, plusieurs fois j’ai eu envie de crier « Stop ! Assez de rebondissements. Concluez ! » (Oui, dans mon imaginaire, je vouvoie Park Chan-wook.) Ce, parce que le film se constitue de deux intrigues successives, qui auraient pu faire l’objet d’une division en deux films distincts. Lorsque la seconde enquête policière débute, je n’avais pas envie de repartir aussi vite dans un nouveau tour de manège.

J’ai eu le sentiment que le réalisateur avait conscience des longueurs de son film, car on ne peut pas dire que celui-ci manque de rythme. Au contraire, il installe une dynamique technique. Par exemple, les dialogues se poursuivent dans plusieurs lieux différents, sans perte de temps. C’est difficile à décrire, mais cela ressemblerait par exemple à :

Au commissariat de police : « vous avez obtenu des informations ? »

Au pied de la montagne : « Il serait tombé. »

Sur le flanc de la montagne : « Mais nous devons retracer le chemin de sa chute. »

En haut de la montagne : « Il ne faut quand même pas avoir le vertige… »

Chez la veuve : « Elle l’a laissée partir escalader cette montagne, seul ? »

Au commissariat : « Il faisait des tutos d’escalade sur internet ».

C’est un peu exagéré mais vous voyez le genre, et il y a une quantité épatante de lieux de décors différents, poétiques et minutieusement détaillés. Quelques scènes répétées (« vous vous souvenez de l’indice que j’avais disséminé dans le scénario il y a une heure ? PAY OFF !!! ») viennent casser ce dynamisme, mais bon. On ne peut pas lui en vouloir pour ça.

L’autre point fort de ce film, c’est l’histoire d’amour jamais véritablement avouée entre le policier et la suspecte. Loin du sulfureux Mademoiselle, Decision to leave se veut sensuel, mais romantique. Zéro scène de sexe, ici, les mains s’effleurent tendrement et on écoute la respiration de l’autre. Cette histoire d’amour va prendre des dimensions très importantes, au point où ce film pourrait être davantage classé comme romance que comme polar.

Avec ses quelques défauts, je ne pense pas que Decision to leave remportera la palme d’or, mais je le vois bien taquiner la concurrence pour le prix du scénario ou de la mise en scène.

(BREAKING NEWS, JOIE TOTALE, ce film a reçu un prix de la mise en scène bien mérité !)

A bientôt pour de nouveaux articles !

Retrouvez les précédentes chroniques du Festival de Cannes 2022 :

#01 Triangle of sadness de Ruben Östlund

#02 Plan 75 de Chie Hayakawa

#03 Holy Spider de Ali Abbasi