Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer

Festival de Cannes 2022 #05 – Pacifiction d’Albert Serra

Quatrième film de la sélection officielle du festival.

Cet article aurait pu s’intituler « les goûts et les couleurs », parce que franchement, j’ai détesté et je ne pensais pas en parler. Et puis j’ai vu des articles de presse qui le promettaient palme d’or.

NON ! Hein, déconnez pas !

Cela doit être la première fois que je quitte une séance de cinéma avant la fin. J’ai attendu avec bienveillance pourtant. Une heure et demie. Et au bout d’une heure et demie (le film faisant 2h45), je me suis dit qu’il n’y avait plus aucun espoir, qu’il faisait beau dehors et que j’avais une foule de meilleures choses à faire, dont j’avais d’ailleurs déjà fait mentalement la liste.

En plus, je n’étais pas le premier. De manière continue, on voyait des gens se lever. Comme on en vient à compter des moutons, j’ai compté le nombre de spectateurs en fuite. J’ai arrêté une fois dépassé les cinquante. Scoop cannois, quand le public n’aime pas, il n’est pas rare que la salle se vide discrètement.

Pacifiction d’Albert Serra

De quoi ça parle ?

Grande question. Personnellement, je dirai « de rien », ce film étant l’éloge du vide, malgré un pitch au demeurant prometteur.

On m’avait dit que c’était l’histoire d’un type représentant de l’état français en Polynésie, qui devait gérer les inquiétudes de la population, qui avait peur de voir revenir les essais nucléaires.

Le problème, c’est que les personnages papotent de ça, des rumeurs… d’un mystérieux sous-marin que certains ont cru apercevoir, et qu’on cherche désespérément dans le bleu de l’océan à notre tour. Le but du film est de voir la peur des gens s’installer progressivement, avec un haut gradé français qui n’en sait pas plus, mais qui ne doit pas le montrer.

Pourquoi voir ce film ?

Alors, si vous avez des problèmes de sommeil, du mal à vous endormir, ou que vous aimez bien Benoît Magimel, allez-y les yeux fermés. (ça ira encore mieux pour roupiller.)

Si vous aimez l’art moderne, une intention artistique et autour le néant, allez-y aussi. La presse a parlé « d’anti-film » avec des étoiles dans les yeux, et c’est un bon résumé. Sauf que ça m’énerve.

Pendant tout le festival, on voit des films ahurissants qui ont demandé des années de travail, qui cherchent à proposer quelque chose, de l’émotion, des histoires, quitte à se casser la gueule dans des exercices stylistiques d’équilibristes. Les acteurs et actrices, habituellement, transpirent. Certains pourraient crever à l’effort, tellement ils se donnent.

Pacifiction est en totale contradiction avec ce grand esprit du cinéma. C’est une banane scotchée sur un mur dans la galerie du Louvre, au milieu des autres œuvres d’art. Le scénario tient en un fil rouge, vraisemblablement trouvé en deux minutes top chrono. Tout le film sent l’improvisation. Les plans sur la mer, on dirait qu’Albert Serra nous montre une vidéo de ses vacances. Les repas et soirées en boîte ? Les vacances de Benoît Magimel, peut-être, pour changer. Pour ce film, une grande partie des acteurs sont non professionnels, et sans doute castés au hasard. Ils ne jouent pas. Ils répètent comme des perroquets des tirades courtes, et ce, avec moins de conviction que ces gracieux volatiles. (J’adore les perroquets, je n’en dirai point de mal.)

Vous avez le droit à des scènes archi-vides, où les gens disent « ça va ? ». « Oui ça va ? ». « J’aimerais bien être la secrétaire de machin. » « Oh oui, ça doit être intéressant. » « Oh oui, vraiment ça serait intéressant. » « Moi aussi ça m’intéresserait. » « Oui, hein. »

Devant de telles punchlines, vous hésitez entre la corde et le flingue.

Heureusement, il y a Benoît Magimel qui est là pour pousser les acteurs amateurs à aller dans le sens de l’histoire. Il attaque par un bout de dialogue insipide, et de temps en temps il craque, sort une ligne de scénario, et rappelle que c’est vaguement un thriller d’espionnage dans le fond.

Le résultat reste brinquebalant et digne d’un mauvais téléfilm.

Je reconnais que d’un point de vue artistique, il y a quand même un certain intérêt, car on a rarement tenté de faire un « anti-film ». Oui, c’est de l’art pur et dur. Mais dans ce cas, on essaie de tenir une durée raisonnable, pas 2h45 de souffrance, quoi. On peut applaudir la volonté de casser les codes, Serra n’est pas le premier à l’avoir fait, mais on ne peut pas sérieusement penser à récompenser un film qui est vraiment merdique/bâclé/léger comparé aux autres, au risque de discréditer totalement le palmarès. M’enfin, ce n’est que mon avis.

Ou alors, l’année prochaine, vous allez avoir 20 films du genre dans la sélection officielle avec l’espoir d’y décrocher un prix, et ça va être juste horrible à visionner. Je ne veux pas de ça comme avenir pour le cinéma.

J’ai aussi une pensée compatissante pour les gens qui pourraient avoir envie de le voir en salle à la sortie, surtout s’il reçoit un prix. Franchement, quel cinoche aimerait mettre cette chose dans sa programmation ?

Ce qui est bien dans la sélection cannoise, c’est qu’on aime comme on déteste, avec passion.

(Parce que j’ai bien ri, je vous mets un lien vers la page de Trois couleurs, qui montrent diverses réactions enthousiastes ou non sur twitter suite à la projection de ce film.)

Retrouvez les précédentes chroniques du Festival de Cannes 2022 :

#01 Triangle of sadness de Ruben Östlund

#02 Plan 75 de Chie Hayakawa

#03 Holy Spider de Ali Abbasi

#04 Decision to leave de Park Chan-wook