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Festival de Cannes 2021 #09 – Red Rocket de Sean Baker

Mercredi après-midi, nous avons reçu des places inattendues pour une projection.

Du coup, cette fois-ci, je vais en profiter pour vous raconter un peu comment ça fonctionne, l’obtention de places à Cannes système 2021. Vous allez voir, c’est amusant… Et chaque année, les règles du jeu sont susceptibles de changer, ce qui fait que c’est un peu comme lancer les dés sur un plateau de Jumanji, on ne sait jamais à l’avance comment les choses vont tourner.

Déjà, au commencement est l’accréditation. Celle-ci n’est pas nécessaire pour certaines compétitions parallèles, mais est obligatoire si on souhaite aller dans les « grosses salles » comme le GTL. (A moins d’être un VIP, qui possède des jokers permettant de s’affranchir toutes les règles.) L’accréditation est classée selon des niveaux de powaaa, selon que vous soyez un VIP, un professionnel de l’audiovisuel, un journaliste, un cinéphile ou un pauvre étudiant en cinéma. Votre couleur et vos droits d’accès sont établis en fonction de votre statut. Les petits badges vous sont remis dès le premier jour avec un cordon sponsorisé par Orange. Si vous aimez le tuning, vous pouvez acheter en boutique officiel des cordons d’autres couleurs pour accommoder votre badge avec la tenue du jour… A 10 € le tour de cou, faut être cependant très motivé.

Une fois que vous avez pu obtenir votre précieux sésame (à porter sur soi en toute circonstance comme un objet de gloire vous séparant du commun des mortels), il vous faut encore réussir à obtenir des billets, le nerf de la guerre.

Les billets sont gratuits et strictement invendables sous peine d’être foudroyé par Pierre Lescure himself. Quand vous en avez un, vous êtes obligé de l’utiliser ou de le refiler à quelqu’un d’autre, sans quoi des pénalités tombent sur vous et votre descendance. Cannes n’aime pas les fauteuils vides, toutes les salles doivent être remplies. Il est donc indispensable de respecter ses engagements et en cas d’indisponibilité, de trouver quelqu’un qui ira occuper votre siège à votre place. C’est là où ça devient intéressant.

Trois solutions pour obtenir des billets :

Méthode 1 : vous êtes un casse-cou et vous optez pour la chasse aux billets devant le Palais des Festival. C’est un peu comme chasser les Pokémon, mais avec plus de piquant. Vous attendez qu’un accrédité sauvage surgisse d’un buisson, vous lui sautez poliment dessus en lui demandant s’il aurait pas un billet à vous refiler pour la séance qui vous intéresse. A certaines heures de la journée, les gens vont spécialement devant le Palais du Festival pour se débarrasser de leurs billets quand ils savent qu’ils ne pourront se rendre à la séance.

Pour plus de simplicité et moins d’agressivité, il existe aussi le système de la pancarte « ticket please, cœur sur vous » à brandir au-dessus de votre tête. Ainsi, les âmes charitables qui doivent absolument recaser leurs billets viendront vous voir spontanément, et votre dignité sera moins mise à mal que si vous tentez de mendier auprès de tout le monde. Cette solution est la plus en vogue en ce moment chez les jeunes. J’en ai croisé beaucoup avec leurs petites pancartes désespérées. C’est plutôt mignon à observer en coin.

Méthode 2 : vous n’avez pas pu obtenir de billets ? Pas grave, il existe aussi des files d’accès « sans billet », pour ceux qui possèdent néanmoins des accréditations. Il s’agit d’une file d’attente spéciale pour ceux capables de rester debout pendant deux heures avec la patience de Yoda. Quand il reste des places non attribués dans la salle, il arrive que les premiers de la file « sans billet » soient invités à occuper les sièges restés libres. C’est sans garantie aucune. Vous pouvez très bien avoir attendu longtemps pour rien. Mais ça peut être une solution pour les films que vous voulez absolument voir.

Méthode 3 : la plus simple, vous passez par le système de billetterie électronique.

Sur le papier l’idée est bonne, mais en pratique d’autres obstacles vont surgir devant vous. Je vous passe les détails sur les bugs, les horaires où tout le monde se connecte en même temps et où ça rame davantage sur le site web qu’aux Jeux Olympiques d’été, les fois sympathiques où vos billets réservés disparaissent sans prévenir et réapparaissent pareillement quelques heures plus tard… Bref, quand vous demandez des places pour un film, vous avez le droit à des montagnes russes émotionnelles jusqu’au jour J.

Car le système est pervers : vous émettez des « souhaits » et ne recevez pas la réponse de la billetterie immédiatement. Les places peuvent vous êtres envoyées par mail jusqu’à deux heures avant le début de la séance visée, ce qui vous oblige à rester connecté en permanence pour ne louper aucune information. Si aucune place ne vous est attribuée, vous restez dans l’ignorance la plus complète. C’est à vous d’admettre votre échec et de vous reporter le cœur gros sur un autre film.

Il existe des contraintes aussi : vous ne pouvez pas réserver deux séances pour un même film. Aussi, il n’est pas possible de réserver une séance au GTL à 19h00 et « au cas où » une autre séance du lendemain dans une petite salle moins demandée. Par contre, une fois que la séance pour laquelle vous n’avez pas obtenu de billets est passée, vous pouvez refaire une demande.

Il y a enfin les places « dernières minutes », quand des places déjà attribuées viennent soudain de se libérer. (Le spectateur a changé d’avis et ne veut pas y aller, ou il a été foudroyé par Pierre Lescure, ce qui lui a fait perdre ses réservations…) Cela permet de très bonnes affaires.

Tout le monde est connecté en permanence sur le site de la billetterie. Cette année, les festivaliers se reconnaissent non seulement à leurs accréditations, mais aussi au fait qu’ils sont accrochés comme si leur vie en dépendait à leurs téléphones portables.

J’suis sûr que les médecins pourront demander d’ici quelques jours à leurs patients : « Vous souffrez d’un torticolis ? D’une entorse du pouce ? Vous ne seriez pas allé au festival de Cannes par hasard, vous ? »

Pour ma part, tout au long du festival, nous avons eu la chance d’être prévenus souvent 24h à l’avance. Sauf hier. C’est à la sortie du film 10h30/13h30 que nous avons appris avoir obtenu des billets pour la séance suivante de 14h30/17h30… Moi qui pensait avoir le temps de me faire un resto, je l’avais pas vue venir, celle-là.

Ici, il n’est pas rare de renoncer à son déjeuner/dîner/sommeil, pour pouvoir assister à de bonnes séances. Vous pouvez finir vos nuits devant les films un peu chiants et couper votre gourde au café pour tenir le coup.

C’est ainsi que nous sommes allés nous repaitre du p’tit dernier de Sean Baker, Red Rocket, en lieu et place de notre déjeuner. On a eu faim, mais on n’a pas été déçu du voyage, on a bien rigolé.

Ambiance sexe, drogue, rock and roll et bon appétit…

De quoi ça parle ?

Une star du porno décide de s’installer chez son ex, dans une petite ville de campagne. Il croyait sa carrière loin derrière lui, mais que nenni, la petite vendeuse de trous de doughnuts va lui donner envie de retourner au monde du X.

Pourquoi voir ce film ?

Pour deux acteurs inconnus du grand public : Simon Rex et Suzanna Son. Les révélations du jour. Me demandez pas qui ils sont, je n’en sais rien.

Le premier, Simon Rex, semble avoir un peu de bagages dans l’univers du porno, outre quelques apparitions dans la saga des Scary Movie. La seconde, Suzanna Son a des allures de pin up et s’essayait là vraisemblablement à son premier film. Le duo envoie une énergie communicative dingue. Tous les acteurs sont bons et convaincants en réalité. Le casting est juste excellent.

Sean Baker dresse là le portrait de vie d’un antihéros attendrissant qui oscille entre comédie et drame léger. Le tout a beaucoup de punch.

Contrairement à Benedetta qui était un peu plus équivoque, le film ne tombe jamais dans le grotesque ou l’érotisme pur et dur. La vulgarité présente est traitée avec un second degré que l’on pourrait retrouver dans les films de Tarantino. Pareil pour les attitudes machos des hommes ou cruches des femmes. On rit beaucoup des mésaventures de chacun. Le sexe qui est tant fantasmé n’est pas sexy, il devient juste source de profit et on parle de fellation comme on expliquerait comment changer une roue. En même temps, nos deux personnages principaux ne sont-ils pas en train de tomber en amour l’un de l’autre ? A quoi ressemblent les sentiments, au pays du porno ?

Mention spéciale pour le réalisateur Sean Baker, qui s’est dit à un moment donné de sa vie « oh tiens, et si je faisais un film sérieux consacré à l’univers du X » Certains semblent ne pas s’être ennuyés durant le confinement… En élargissant un peu le propos, celui-ci dépeint également une Amérique sombre, dans laquelle la magouille et la tchatche sont les meilleurs armes pour s’en sortir.

Une bonne découverte !

Y-a-t-il des monstres dans ce film ?

Chaque personnage est un monstre. De la star flétrie qui rêve toujours de cul à son ex-femme qui voudrait retrouver une vie de couple normale. La belle-mère qui est là et qui se plait à fumer des substances illégales, les voisins qui dealent et développent leur petit trafic, la serveuse du restaurant (dix huit ans moins trois semaines) qui drague les clients et multiplie les relations légères, juste comme ça.

Le film est une série de gentilles caricatures.

Il n’y a pas de date de sortie en France annoncée, peut-être pour la fin de l’année ?

Retrouvez les précédentes chroniques du Festival de Cannes 2021 :

#01 Présentation du projet

#02 La cérémonie d’ouverture

#03 Annette de Leos Carax

#04 Benedetta de Paul Verhoeven

#05 Bergman Island de Mia Hansen-Løve

#06 Flag Day de Sean Penn

#07 Aline de Valérie Lemercier

#08 Un Héros de Asghar Farhadi

4 commentaires sur « Festival de Cannes 2021 #09 – Red Rocket de Sean Baker »

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