Film : La Vie est belle de Frank Capra

D’après la nouvelle de Philip Van Doren Stern : The Greatest Gift

Les anges, créatures célestes

« Il va falloir faire descendre quelqu’un sur la Terre, de nombreux fidèles demandent qu’on aide un nommé George Bailey. »

La vie est belle de Frank Capra

Hi-han les amis ! C’est la fin de l’année, on dépoussière les vieux DVDs en ce moment.

Dans mon placard, j’ai retrouvé une pépite cinématographique idéale pour cette période de fêtes.

Son titre ? La Vie est belle de Frank Capra.

Sans doute le film de Noël le plus célèbre du monde… J’ai l’impression que tout a déjà été dit à son sujet, mais des fois que certains ne connaissent pas les détails, je vais vous raconter ce qui a construit sa légende.

Le pitch :

Un type nommé George Bailey (rien à voir avec la liqueur de whiskey) déprime grave.

Il a trente-huit ans et une vie merdique. Il est ruiné, avec quatre enfants à nourrir sur les bras, et il entend au loin les véhicules de la police qui approchent pour le cueillir. Dans sa tête, George projette : bientôt la zonzon, c’est la fin du monde, c’est horrible, que va-t-il pouvoir faire ? C’est une catastrophe.

Alors, et bien que ce soit Christmas Eve, le soir du réveillon de Noël et que toute la ville entonne des cantiques en chœur ayant pour thème la joie, l’amour et la paix, George songe à se suicider.

Seulement, on l’aime bien, George, et ceux qui le savent en souffrance vont prier pour son âme.

Cela va envoyer une notification céleste au paradis, qui va dépêcher un ange pour lui sauver la vie. Cet ange, c’est Clarence Odbody.

Diverses péripéties plus tard et George et Clarence finissent tous deux par descendre un verre de jus de houblon dans un bistrot malfamé.

George nous dit, l’œil terne et l’expression lasse : « Ah, si je n’étais pas né ! »

Clarence lui répond, tout en lisant un chapitre des aventures de Tom Sawyer : « Ah ben oui. OK, deal ! »

Et hop, l’histoire nous est racontée une nouvelle fois en mode accéléré, avec un univers qui n’a jamais connu de George Bailey.

Je ne vais pas vous divulgâcher le reste, mais cette vision va provoquer une prise de conscience importante, qui finira par apporter un dénouement heureux pour notre protagoniste dépressif, pour notre ange gardien sans ailes et même pour le grand méchant antagoniste qui a échappé de justesse à une fin radicalement cruelle.

Ben oui, c’est Noël, quand même.

« C’est de cette oreille que tu n’entends pas ? George Bailey, c’est toi que j’aimerai toute ma vie. »

La vie est belle de Frank Capra

Un conte de Noël différent

Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué, mais en décembre, il tombe autant de romances sur le petit écran que de flocons de neige en Auvergne.

Vous avez le droit à tous les dérivés de « je t’aime à Noël », « marions-nous à Noël », « faisons des enfants à Noël » et autres. Vous avez également le grand retour des films d’animation, ainsi que des comédies familiales. Le Grinch, The Snowman, L’étrange Noël de Monsieur Jack… Il y a des monstres bien plaisants dans tout ça.

Si vous appréciez les contes un peu plus déprimants, vous pouvez choisir entre bouquiner La Petite fille aux allumettes de Hans Christian Andersen, ou goûter des aventures de Scrooge de Charles Dickens (A Christmas Carol).

Et puis vous avez La Vie est belle de Frank Capra.

Un OVNI. Un yéti. Une drôle de chose sortie de nulle part.  

Ce film de Noël est une parfaite exception à tout le reste. Déjà, la version originale est en noir et blanc, elle date de 1946, pas vraiment le profil blockbuster du vingt-et-unième siècle.

Ensuite, c’est une comédie dramatique qui pourrait franchement faire pleurer plus d’une fois. Ça cause suicide quand même. On y aborde toutes les nuances du désespoir et de la dépression.   

Capra expliquait : « La Vie est belle n’était fait ni pour les critiques blasés ni pour les intellectuels fatigués. C’était mon type de film pour les gens que j’aime. Un film pour ceux qui se sentent las, abattus et découragés. Un film pour les alcooliques, les drogués et les prostituées, pour ceux qui sont derrière les murs d’une prison ou des rideaux de fer. Un film pour leur dire qu’aucun homme n’est un raté. »

Chez les Inrocks, on titrait il y a quelques jours un article de la manière suivante : « La Vie est belle est-il un film maniaco-dépressif ? ».

Le New York Times en 2008 le décrivait comme « une histoire terrifiante et asphyxiante sur le fait de grandir et d’abandonner ses rêves, de voir son père conduit à la tombe avant son heure, de vivre parmi des personnes amères et mesquines. C’est une histoire d’être piégé, de compromettre, de regarder les autres aller de l’avant et de s’éloigner, de devenir tellement rempli de rage que vous abusez verbalement de vos enfants, de leur professeur et de votre épouse oppressivement parfaite. »

 Ça vous montre l’ambiance.

Et pourtant, il s’agit du film de Noël le plus populaire au monde.

Pourquoi ? Eh bien, première raison toute simple : il nous parle d’un miracle de Noël. L’arrivée d’un ange sur Terre, c’est déjà assez peu banal, mais en plus de cela, cet ange gardien va sauver un pauvre déprimé et lui redonner le goût de vivre. Il s’en passe des choses surprenantes entre le 24 et le 25 décembre.

Second motif : ce film est merveilleusement drôle et romantique. (Entre deux instants chialeries) La scène festive du concours de charleston vous fera trépigner sur votre canapé. La séquence séduction de mademoiselle toute nue dans les rhododendrons vous arrachera des gloussements. Vous allez avoir une petite lueur de magie dans les yeux.

Pourtant, La Vie est belle devait comprendre quelques passages violents et notamment la mort cruelle du super méchant Potter. (Rien à voir avec Harry.) Ces scènes ont été coupées au montage, afin de ne laisser à l’écran que du positif.

Troisième raison : les bons sentiments. Le film met en lumière tous les gestes anodins qui sont beaux et gentils, et si possible désintéressés. Lorsque vous rendez des services, quand vous prêtez ou donnez de l’argent aux démunis, ou quand vous vous battez pour des causes justes, etc. Le but est de démontrer que faire le bien autour de soi vous enrichira davantage que tous vos comptes épargnes remplis. Très « esprit de Noël », cette morale.

Pour l’anecdote, La Vie est belle a quand même été repéré par le FBI, car on y faisait l’éloge soi-disant de théories « communistes ». En période de guerre froide, parler répartition des ressources était plutôt mal venu.

Accuser Capra de communisme était pourtant une idée rigolote, étant donné qu’il s’agit du premier réalisateur au monde à avoir revendiqué le concept de « un film = une personne ». Capra voulait que son nom de famille soit inscrit en gros à côté du titre, lui et seulement lui, ce qui lui a valu le courroux de ses collaborateurs, qui estimait que les triomphes doivent être partagés entre toute l’équipe de production…

Donc, FBI, mon ami, tu as fait fausse route. Capra n’était pas communiste. C’était tout au plus un narcissique aimant les romances guimauve. =)

Aujourd’hui, nous parlerions plutôt de feel good, bien que la terminologie n’ait été inventée que cinquante ans plus tard.

La Vie est belle serait-il définitivement un précurseur ?

À en croire les critiques de cinéma l’ayant classé premier parmi « les films les plus inspirants de tous les temps », on va répondre oui.

« Chaque fois qu’une cloche tinte, c’est un ange qui gagne ses ailes. »

La vie est belle de Frank Capra

Un film « miracle de Noël » épisode 1 : la préproduction et le tournage

Je vous ai déjà parlé du tourmenté The Meg, et de l’écrivain qui avait galéré pendant quasi quinze ans pour voir le projet de sa vie porté à l’écran ?

Ce n’est rien comparé aux aventures de La Vie est belle. Accrochez-vous, l’histoire est des plus palpitantes.

Tout d’abord, à l’origine, il y avait un homme, Philip Van Doren Stern. On le connaît surtout pour ses ouvrages sur la guerre civile et Abraham Lincoln. C’était un amoureux d’Edgar Allan Poe également.

Bref, Stern, une nuit, a fait un rêve. Et poum, il s’est réveillé avec une intrigue en tête.

Partant de cette intrigue, il écrivit une nouvelle de 4 000 mots environ, qui lui a pris pas loin de quatre années de relecture et réflexion. Plusieurs fois il a tenté de la caser chez des éditeurs, mais il a enchaîné les lettres de refus.

Stern a donc haussé les épaules, s’est ravisé et s’est décidé à autopublier son manuscrit sous forme de livret. Il a songé que cette petite fable optimiste serait une idée originale pour présenter ses vœux à ses amis. C’est ainsi que 200 exemplaires furent expédiés un peu partout dans le monde pour le nouvel an 1944.

Et là, paf, miracle de Noël. Un de ses copains a montré le texte à un autre de ses copains, qui l’a montré à l’acteur Cary Grant, qui s’est dit « houlala hou, je me vois bien dans le rôle principal » et quatre mois après, Grant achetait les droits audiovisuels de la nouvelle pour une somme de 10.000 $. D’une certaine manière, cette somme paraît à la fois énorme… et infime, quand on réalise la postérité commerciale de ce film.

Et puis, comme souvent dans le cinéma, le projet a connu des contretemps.

Le scénario a été adapté et travaillé de diverses manières, l’ange Clarence devait initialement montrer à George ce que sa vie aurait été s’il avait été dans les affaires, plutôt que politicien… Le propos se voulait plus cynique que bisounours… Bref, cela ressemblait davantage à Citizen Kane qu’à un conte de Noël.

Le réalisateur Capra est tombé sur ces ébauches de scénario et a senti le potentiel commercial de cette histoire. Il a racheté les droits audiovisuels pour ces mêmes 10.000 §.

Capra a remis le projet à divers scénaristes et écrivains pour le finaliser, qui ont tous entrepris… de se tirer dans les pattes. En définitive, personne n’avait envie de travailler en collaboration et chacun revendiquait la paternité de l’œuvre.

Ce fut un conflit généralisé qui provoqua moult rancœurs et suscita un arbitrage des hautes instances afin de savoir qui devait être inscrit au générique.

Officiellement, La Vie est belle a été attribué à Goodrich, Hackett et Capra, avec des « scènes supplémentaires » rédigées par Jo Swerling.

À ce stade, on avait donc un scénario viable et des projets bille en tête.

Le tournage bien qu’assez bref fut titanesque. Pas mal de monde s’est écharpé. Il y eut des séparations, des remplacements, du suspens, de vraies baffes…

Ginger Rogers était pressentie pour le premier rôle féminin, mais elle a finalement refusé la place. 

Bien que ne faisant pas partie du casting, John Wayne (rien à voir avec Batman) a trouvé moyen de s’engueuler avec Capra, car il exigeait que certains acteurs soient retirés du film, en raison d’activités politiques jugées équivoques.

Capra a envoyé bouler John Wayne comme une vieille chaussette de Noël, ce que ce dernier a plutôt mal pris.

Wayne aurait dit ensuite de Capra quelque chose comme : « J’aimerais prendre ce petit fils de pute, le déchirer en mille morceaux et les jeter à l’océan en retour direct vers sa Sicile natale. » 

Ce fut chaud.  

Vous allez me dire, mais oui, mais magie de Noël oblige, le film est sorti en salle, tout va bien dans le meilleur des mondes, hop, succès ?

Eh bien, même pas.

Là encore, la suite s’est annoncée hot comme la hotte de Santa Claus.

« Allez, un toast ! À maman dollar et à papa dollar, qu’ils aient beaucoup d’enfants comme dans les contes de fées. »

La vie est belle de Frank Capra

Un film « miracle de Noël » épisode 2 : un échec au cinéma et un rebond inattendu

La Vie est belle a été mal reçu à sa sortie. Il n’a pas fait un bide, mais le résultat était mitigé par rapport aux espérances. Les critiques lui ont reproché son aspect caricatural et il a accusé une perte financière de 525 000 $.

De plus, pour coïncider avec la période des fêtes, le film est paru au mois de décembre 1946, au lieu de janvier 1947.

Ce choix a définitivement condamné ses chances aux oscars… L’année 1946 ayant été copieuse en chouettes productions, et l’année 1947 au contraire un peu plus pauvre.

Résultat, La Vie est belle, qui a été nommé à cinq oscars en 1946 n’en a gagné qu’un seul — celui de la meilleure réalisation technique —, car ils avaient découvert comment fabriquer de la fausse neige chimique, s’affranchissant des sempiternels corn flakes peints en blanc qui crissaient sous les semelles quand les acteurs marchaient dedans.

S’ils avaient attendu un mois de plus, il aurait pu concourir en 1947 et peut-être remporter plus de prix et davantage de succès… Mais non. 1946 a scellé son destin.  

Vous croyez que ces mésaventures se terminent ainsi ? Toujours pas.

En 1971, quasi trente ans après la sortie initiale, quelqu’un a commis une grosse boulette. Ce quelqu’un n’a pas coché la bonne case, n’a pas rempli le bon cerfa, peu importe…

Le copyright du film n’a pas été renouvelé comme il aurait dû l’être, et La Vie est belle est tombé dans le domaine public.

C’est là où un nouveau miracle s’est produit, cette fois sans l’intervention de Cary Grant.

Comme les télévisions n’avaient pas de redevances à payer pour sa diffusion, notre bobine est devenue un incontournable de Noël. Chaque année, elle passait une fois, deux fois, des centaines de fois… Tout le monde s’est mis à connaître par cœur les aventures de George Bailey et de Clarence Odbody.

Aujourd’hui, certaines chaines vont jusqu’à le projeter en boucle pendant la période des fêtes.

Capra a fini par s’exprimer sur le sujet en disant « c’est la plus damnée chose que j’ai jamais vue. » La Vie est belle, un succès ? Oh bloody hell.

Ce film est devenu son préféré de toute sa longue carrière, ainsi que le favori de son acteur principal, James Stewart (Sueurs froides, Fenêtre sur Cour, Les Affameurs, La Conquête de l’Ouest, L’homme qui tua Liberty Valance…), qui y est juste excellentissime. Sans rapport aucun, il paraît que c’est aussi le film chouchou d’Alain Chabat.

Voilà comment ce film de 1946 — parti de loin — a rencontré la gloire trente ans après.

« Tu sais ce que nous allons faire ? Nous allons faire des folies. Huit jours à New York et huit autres jours aux Bermudes dans les grands hôtels, je boirai du champagne, je dégusterai du caviar, j’écouterai de la musique avec la plus jolie des femmes. »

La vie est belle de Frank Capra

Petit film deviendra grand

Quelques mots rapides à propos de sa postérité. À juste titre, notre sympathique réalisateur a déclaré dans la presse : « Le film a sa propre vie maintenant, et je peux le regarder comme si je n’avais rien à voir avec ça. Comme un parent dont l’enfant grandit pour devenir président. Je suis fier… »

Le film a connu trois versions colorisées pour agrémenter la pellicule d’origine en noir et blanc.

Son succès a été immense une fois diffusé sur nos bonnes vieilles VHS.

Et puis, il a été l’un des premiers longs-métrages vendus sur CD-ROM pour PC (l’époque Windows 3.1, toute ma jeunesse !). On peut le considérer comme l’un des ancêtres de nos DVDs contemporains.

Bien entendu, il a été rafraîchi via des éditions spéciales, des éditions remastérisées… Et il a même été repassé en 2017 en 4K top dernier cri. Il est aujourd’hui disponible sur les plateformes de streaming.

La Vie est belle a été également adapté sous différents formats : audio pour la radio, en pièces de théâtre, en comédie musicale…

Évidemment, de nombreux films, dessins animés, et autres romans ont voulu reprendre le retournement final du « voilà ce que serait la Terre si tu n’étais pas né ».

Un épisode du Muppet show spécial Noël a été créé en partant du principe d’un monde sans Kermit la grenouille.

D’autres séries ont créé des épisodes pastiches : Dallas, Les Frères Scott, Warehouse 13, les Tiny Toons et même Les Razmoket… (quelle référence !)

D’autres encore ont osé le clin d’œil appuyé : dans NCIS, La Vie est belle est qualifiée de plus grand film de tous les temps par un des personnages principaux. Dans Gremlins, un extrait est projeté sur une télé. Pareil dans Maman, j’ai raté l’avion ! On en parle encore dans plusieurs épisodes de Friends

La Vie est belle a fait l’objet de plusieurs remakes, comme It happened one Christmas (1977, avec Orson Welles dans le rôle du méchant Potter !) ou Joyeux Noël, George Bailey ! (1997, avec cette fois Martin Landau en Potter.)

Ce film est comme A Star is born, il est bon pour être réécrit tous les vingt ans.

C’est si vrai qu’une suite devait normalement être produite en 2015 (d’après les rumeurs). Néanmoins, La Vie est belle étant finalement sorti du domaine public dans les années 1991 (après encore une fois bien d’autres péripéties), il semble que la vente des droits ait capoté et que le projet ait été remis en attente.

Mais un jour ou l’autre, je vous le prédis. La Vie est belle reviendra sur le grand écran. C’est inscrit dans les étoiles.

« George, je suis à présent un vieux monsieur et on ne m’aime pas beaucoup, mais de mon côté je ne suis pas un tendre et je n’aime personne. »

La vie est belle de Frank Capra

Mais que devient monsieur Potter ?

Je vous ai dit que le méchant monsieur Potter devait normalement connaître un destin cruel, en l’occurrence, mourir d’une vilaine crise cardiaque lors de sa rencontre avec l’ange Clarence. Je vous ai raconté aussi que Capra a considéré que ce n’était pas assez « feel good », et qu’il avait donc choisi de renoncer à cette apothéose dramatique.

L’intrigue reste en suspens au moment précis où monsieur Potter vole l’argent de George et où tout le voisinage décide de se cotiser pour éponger la dette. Mais monsieur Potter s’en tire bien, sans l’ombre d’un soupçon. Personne — sauf le spectateur — ne sait qu’il a dérobé le magot. Le générique arrive avant que la police n’arrête monsieur Potter, qui disparait dans la nature.

Des suites ont donc été inventées.

Ainsi, un sketch du célèbre Saturday Night Live présente « la fin perdue » du film de Capra, où l’on explique que la population découvre le pot au rose et s’en va trucider le terrible Potter.  

D’une certaine manière, ce film de Noël a deux propriétés étonnantes : son cruel antagoniste ne connaît aucune évolution au cours de l’intrigue, et… il n’est pas puni pour son comportement.

Un roman La dernière tentation de Clarence Odbody de John Pierson raconte également la vie des personnages principaux si George était parvenu à se suicider.

On s’éloigne donc définitivement du genre guimauve que l’on reprochait initialement à notre réalisateur Capra.

« Cher George, rappelle-toi qu’un homme qui a des amis n’est pas un raté. Merci pour les ailes ! Amitiés, Clarence. »

La vie est belle de Frank Capra

Parlons monstres

Bon, eh bien, si on parlait de monstres un peu maintenant ?

Bien qu’il s’agisse d’un film de Noël, La Vie est belle fait la part belle à un monstre très intéressant : l’ange.

Tout le monde connaît les anges. Je vous entends déjà penser : en voilà un bien mignon. Si vous imaginez les anges sous forme de Cupidon aux fesses potelées, détrompez-vous, ce monstre est un poil plus complexe qu’il y paraît.

Wikipédia résume le concept en expliquant que les anges sont de créatures surnaturelles présentes dans diverses religions et notamment le judaïsme, le christianisme et l’islamisme. Dans ces trois-là, il existe évidemment des différences, mais on retrouve l’idée globale que les mortels sont accompagnés au quotidien par deux anges, l’un bon, et l’autre mauvais. (Vous savez, ce sont l’ange et le démon du capitaine Haddock, dans Tintin.)  

Les anges sont des envoyés divins, venus sur terre pour transmettre un message ou agir selon les ordres reçus. Ils sont normalement invisibles, sauf quand ils décident d’apparaître, auquel cas, ils revêtent une physionomie humaine. L’ange est souvent représenté avec une paire d’ailes d’oiseau dans le dos, mais dans l’islamisme, les anges peuvent posséder trois ou quatre ailes.

Dans la religion catholique, nous retrouvons le concept d’armée des anges, avec des grades hiérarchiques quasi militaires. (Neuf en tout : séraphin, chérubin, trône, domination, vertu, puissance, anges, archanges et principauté.) Dans l’islamisme, les anges détiennent une fonction précise, tels l’ange de la mort, l’ange gardien du paradis ou de l’enfer, l’ange du jugement, et divers anges messagers, scribes, etc. Les anges sont techniquement dépourvus de sexe, mais force est de constater par les prénoms qui leur sont attribués qu’on les visualise plutôt au masculin. Ils ne se marient et ne se reproduisent pas, et ils sont immortels.

Je vous passe les autres considérations théologiques de la créature, car ce qui m’intéresse concrètement, c’est sa représentation dans notre monde contemporain.

L’ange a toujours eu une place de choix dans les motifs ornementaux, que ça soit sous forme de sculpture, de peinture… Il est associé à diverses traditions et célébrations et il s’est confortablement installé dans l’imaginaire des gens.   

Aujourd’hui, l’ange s’est un peu émancipé et se retrouve également dans de nombreuses fictions littéraires ou cinématographiques. L’ange peut être assez sympathique comme dans La Vie est belle, lorsqu’on le décrit protecteur. Le contraire est tout à fait possible quand on aborde le chapitre des anges déchus, capables de mauvaises actions. Si vous aimez la thématique de l’exorcisme, Constantine vous montrera des « bad angels » assez fun. En tout cas, désormais, nos envoyés célestes sont indifféremment homme ou femme, et n’hésitent plus à croquer dans la pomme à pleine dent.

Parmi les films les plus célèbres contenant des anges, vous avez aussi Une Question de vie ou de mort de Powell, Honni soit qui mal y pense (avec Cary Grant), Mademoiselle Ange (avec Romy Schneider en jolie hôtesse de l’air)…

Le Fantôme de l’opéra se qualifie lui-même « d’ange de la musique ». Pourtant il n’est qu’un homme de chair, cherchant à guider une jeune chanteuse sur la voie du succès. C’est un ange métaphorique, option déchéance complète.

Je ne vous parle pas des productions les plus récentes, car en ce moment, il y en a assez peu de bonnes, avec des anges, hormis Constantine déjà cité. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à rajouter le nom en commentaire.

Dans la littérature, l’ange est redevenu à la mode. Mes deux bouquins chouchous sont de De Bons présages, de Terry Pratchett et Neil Gaiman, et la saga Les Thanatonautes/L’Empire des anges de Bernard Werber, qui sont assez marrants. (Je m’arrête à ces deux volumes, la suite ne m’a pas plu.)

Sur Babelio, vous pouvez retrouver pas moins de 2 292 romans associés au thème « ange », par exemple : « Les Anges déchus », « Le Baiser de l’ange », « L’Amour interdit », « Le Rire de l’ange », « Les Cavaliers de l’Apocalypse », « Angel », « Angelfall », « À la tombée du ciel », « L’Aube de la guerrière », « Les Gardiens des anges », « Les Anges ont la mort aux trousses », « Angel et Mary », « L’Enfer de l’ange », « Les Gardiens de la nuit », « Mémoire d’Ange », « Angela », « Divines », « Enquête sur les anges », « Anges et compagnie »…

Je sens que votre imagination fourmille à la lecture de ces titres.

Aujourd’hui il est une créature classique des romances, chick lit, bit lit, et autres ouvrages de fantasy.

L’ange a aussi une place intéressante dans la littérature jeunesse, comme nous l’explique dans son article Danièle Henky, spécialiste en la matière.

Hi-han, voilà pour l’essentiel. Sur ce, je vous souhaite à tous une bonne année 2021, qui sera nécessairement excellente, puisqu’eh bien… la vie est belle. =) 

Sources : Allociné, Wikipédia, Copyright Swashbuckler Films

12 commentaires sur « Film : La Vie est belle de Frank Capra »

  1. Hey! Tu sais que je n’ai jamais vu ce film, mais que je veux absolument y remédier depuis que j’ai lu « Il est juste que les forts soient frappés » de Thibo Berard ? Le héros (et je suppose, l’auteur) en est super fan ^^
    Bref, ton article ne fait que confirmer cette envie et ce sera ma bonne résolution de 2021 ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Quel beau film ! Et maintenant, grâce à cet article, je deviens incollable sur le sujet.
    Il y a trop longtemps que je ne me le suis pas projeté en vérité. Mais après l’avoir visionné quasiment chaque Noël, et versé une larme a chaque fois pendant la scène des zuzu’s petals (pour ajouter une anecdote, c’est aussi le nom choisi par trois nénettes pour monter un groupe de rock dans les années 90 :https://youtu.be/FABNm_npOiw).
    J’adore George bien sûr, et puis l’ange Clarence (nettement plus rigolo que Joséphine), mais ma préférée reste Violet. Je crois que j’ai secrètement été amoureux de Gloria Grahame.

    Aimé par 1 personne

      1. Par contre, je ne comprends rien à cet extrait de l’article du New York Times. Le type qui a écrit ça doit avoir une vie bien triste pour ne retenir de ce film que ce sentiment.

        Il faut que je regarde le documentaire sur Capra. J’ai pu le récupérer. En même temps je feuilletterai l’autobiographie du cinéaste que j’ai dans ma bibliothèque. 😉
        On peut aussi conseiller plein d’autres très bons films signés Capra : vous ne l’emporterez pas avec vous (n’est-ce pas Mister Potter ? ), meet John Doe, Mister Smith au Sénat, l’extravagant Mr Deeds et les sublimes gambettes de Claudette (non, pas celle de Cloclo) dans New York – Miami. Pour ceux que j’ai vus.

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      2. Merci pour la liste des titres. Je n’ai pas encore vu beaucoup de films de lui, je vais creuser. =) Son autobiographie me tente aussi beaucoup, par contre, des explications lues sur internet, il semble qu’elle contiendrait beaucoup de « gentils mensonges »… Capra aimait idéaliser et embellir sa vie, il faut donc prendre son point de vue avec précaution. Je ne sais plus exactement où j’ai lu ça, mais c’était dans le cadre de mes recherches sur la vie est belle, justement.

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      3. J’ai prévu de le visionner, merci Hypergol.
        Dans l’article des Inrocks, l’argument des arrangements avec le réel est effectivement avancé. Mais je crois qu’on peut tout autant l’appliquer à de nombreuses autobiographies d’artistes. C’est en tout cas l’éclairage de Capra sur sa vie et sa carrière, telle que ressentie plutôt que réellement vécue. C’est de ce matériau qu’est fait « la vie est belle », et c’est aussi pour cela qu’il me semble précieux.

        Aimé par 3 personnes

  3. Ça rappelle les vieilles années de scolarité, le chapitre sur les autobiographies et le fameux « pacte de sincérité »… Ce serait intéressant cependant de recouper l’autobio de Capra avec le travail de biographes externes. Je ne sais pas si ça existe, je regarderai.

    (Pour les intéressés, j’ai aperçu la version colorisée de La Vie est belle dans le contenu gratuit d’Amazon Prime)

    Aimé par 1 personne

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