Film : Magic in the Moonlight de Woody Allen

D’après un scénario original de Woody Allen

MEDIUMS ET SPIRITISME : LES ADEPTES DES JEUX D’ESPRIT

Dans la Monstrothèque, j’ai une étagère toute réservée aux monstres ordinaires, pas ceux qui sont d’apparence difforme ou effrayante, mais ceux qui possèdent… on va dire… quelques singularités psychiques.

Parmi eux : les voyants avec ou sans boule de cristal, jeu de tarot et planche de ouija. Ils sont suffisamment hors du commun pour qu’on leur attribue la qualification de monstre. Après tout, ils ont des super pouvoirs, ce sont donc, de fait, des super héros.

Êtes-vous d’accord ? Car en vrai, si vous regardez sous la nappe, vous apercevrez le plus souvent une chaussure qui titille le pied de la table tournante. Et quelques mécanismes astucieux renverser le verre ou cogner deux fois dans le bois du buffet, en fond de scène. Le tout dans une ambiance tamisée. Pour le mystère…

C’est le thème du film Magic in the Moonlight de Woody Allen.

En 1928, l’illusionniste Stanley Crawford parcoure le monde avec ses pagodes, son éléphant et sa moustache spaghetti. Sous l’apparence d’un vieux sage chinois, il découpe d’un geste sec des femmes en deux, fait disparaître tout ce qu’il peut (son sens de l’humour n’a jamais été retrouvé), et se positionne donc comme le magicien le plus doué, le plus pessimiste et le plus acariâtre de ce siècle.

« Tu n’as pas changé tu sais, tu restes perfectionniste, génial, arrogant et doté de tous les charmes d’une épidémie de typhus ! »

Magic in the Moonlight de Woody Allen

(Ne le dites à personne, mais je crois que c’est le merveilleux Colin Firth qui joue ce rôle, inspiré du grand magicien Houdini.)

Son meilleur pote d’enfance, Howard Burkan (alias Simon Montagu McBurney) ose cependant l’interrompre pour lui proposer une mission digne de son rang.

Objectif : démasquer une fausse médium qui désire ruiner de gentils bourgeois anglais en ranimant l’âme défunte de feu le mari de la vieille veuve riche. Et au passage, qui souhaite épouser le petit-fils riche et adepte des sérénades au ukulélé.

Ben oui, elle est jeune et belle, Sophie Baker ! (La redoutable Emma Stone) Et avec de l’ambition. Et elle a des vibrations mentales très puissantes ! (non, ça ne veut pas dire que sa tête se met à vibrer.)  

Voilà donc notre Stanley parti en chasse, pariant qu’en moins de deux jours, il sera capable de faire lumière sur cette sombre histoire d’arnaque ectoplasmique.

« Tu n’es pas dans le cercle de confiance, poupée. Je te surveille… »

« Par moment, je me demande qui j’exècre le plus : ceux qui se servent d’astuces simplettes pour dépouiller les bonnes poires ou les bonnes poires qui n’ont rien dans le crâne et méritent ce qu’il leur arrive. »

Magic in the Moonlight de Woody Allen

Cependant, notre magicien illusionniste va se heurter à un étoc : Sophie Baker n’est pas une médium ordinaire. Ses exploits relèvent de l’impossible. Communique-t-elle vraiment avec les esprits ? Est-elle authentique ?  

Et je ne vous raconte pas la fin.

Sachez seulement qu’il s’agit d’un film d’énigmes, de romance et avec de bons dialogues à savourer. Du Woody Allen, quoi. Si vous aimez les scénarios bien écrits, il faut regarder du Woody Allen ! Chacun de ses films se rapproche de l’univers du théâtre. On dit de lui qu’il privilégie les longues prises sans répétition, quitte à les recommencer six ou sept fois pour atteindre ce qu’il recherche. Ça se voit à l’écran.

À vrai dire, je m’attends presque de temps à autre à entendre le bruit du rideau que l’on tire et le plancher qui craque sous le pas. Un vrai film à textes, je vous dis.

« Ce qui rend la rose si particulière pour le petit prince, c’est qu’elle est unique… Et non, ce n’est pas de Dickens ! »

En l’occurrence Magic in the Moonlight se déroule dans le Sud provençal de la France. (Plus précisément : le cap d’Antibes, Mouans-Sartoux, Juan-les-Pins, Le Muy et Nice) Woody Allen y a emmené toute sa petite troupe et a monté son film autour de deux de ses passions : la magie et le jazz. Le tout est replacé dans le contexte des années 20, les acteurs portant autant que possible de vrais costumes d’époque.

Cela me rappelle un peu Le Prestige, de Christopher Nolan, mais en une version beaucoup plus glamour ! Et propice aux happy ends.

Toute la BO se compose de morceaux de qualité. Sans doute parce la romance nait souvent d’une atmosphère jazzy. La la land en est la plus belle preuve cinématographique.

Deuxième point qui me fait penser à La la land : une scène so romantic de cette comédie se déroule dans un observatoire. Non, Colin Firth ne va pas aller flirter sous les étoiles, lui les trouve plutôt « menaçantes ». Emma Stone ne va pas non plus se mettre à chanter ou à danser. (Rien qu’avec le ukulélé, on a eu notre dose peu avant !)

Troisième point commun… Ben Emma Stone, elle-même, évidemment ! Emma Stone tient le premier rôle féminin dans ces deux films.

Il n’existe pas de réelle connexion pourtant entre le Woody Allen et le Damien Chazelle. Trois ans les séparent, Magic étant l’aîné. La la land, le cadet. Mais je ne sais pas… ils possèdent tous les deux la même magie. Difficile de ne pas les associer.

Un autre clin d’œil aux comédies musicales : la scène dans le cabaret berlinois, dont les loupiottes semblent calquées sur celles du Moulin Rouge parisien. Cette scène évoque sans conteste Cabaret, avec Liza Minelli, et qui se passe… au Kit Kat Klub de Berlin dans les années 1930. (Réalisé par Bob Fosse. Oui, vous savez, LE Bob Fosse qui a tant donné à la comédie musicale Chicago)

« Les tortues des Galapagos sont plus sociables que vous, Stanley. »

« J’ai eu une discussion intéressante avec Monsieur Taplinger, puisqu’on le nomme ainsi. C’est un cas classique de trouble névrotique de la personnalité. Oui, des parents brillants qui ne s’entendaient guère, moins proche de sa mère que de sa tante, complètement obsédé par la mort… n’a absolument foi en rien du tout… Il pense que la vie de l’homme est totalement dénuée de sens. Dépressif dans toute l’exception du mot, il sublime tout dans son art et c’est un sacré artiste ! Au début, il a pratiqué l’art de l’évasion, un choix intéressant typique d’un individu qui veut s’évader du réel. Mais, tel Freud, Monsieur Taplinger refuse de se laisser séduire par des pensées puériles pour le simple confort qu’elles prodiguent. Un être extrêmement malheureux… Je dois dire, il me plaît. »

Magic in the Moonlight de Woody Allen

Quelque chose d’amusant avec ce film, c’est que beaucoup de critiques cherchent à lui attribuer des attentions.

Ainsi Paris Match crée un parallèle avec la vie privée du réalisateur, indiquant que « C’est bien sûr lui le vieux misanthrope aigri, incroyant et rationnel, qui a peur de la mort et succombe aux tours d’une jeune femme qui entre brusquement dans sa vie. Et c’est la “magie du clair de lune” qu’il nous raconte, son coup de foudre pour Soon-Yi Previn, qu’il a épousée en 1997, ce tournant dans sa vie, si critiqué et si commenté qu’il en éprouve le besoin de le tourner en dérision. » (Article de Yannick Vely du 21 octobre 2014)

Slate, quant à lui, n’y voit pas du tout la même chose : « Il serait exact mais bien réducteur de dire que Magic in the Moonlight est un film sur le cinéma. Mais c’est bien l’interrogation d’un cinéaste sur les ressorts secrets qui mènent à la fois sa pratique et celle de ses collègues qui font des films (à quelque poste que ce soit) et ceux qui le regardent. » (Article de Jean-Michel Frodon du 22 octobre 204)

Woody Allen, pour sa part (et c’est quand même lui le patron), a expliqué son film ainsi, mettant la magie du coup de foudre, au cœur du sujet : « “Je suis convaincu que dans un million d’années, grâce à l’informatique, on pourra mettre en équation le phénomène amoureux, mais à l’heure actuelle, et dans un avenir proche, les choses ne changeront pas. Il y a quelque chose de magique et d’exaltant dans une rencontre et dans les sentiments amoureux qu’on peut soudain éprouver… » (Secrets de tournage Allociné)

Alors ? Un petit côté autobiographique, un reflet de l’univers du cinéma, ou une réflexion sur l’étincelle de laquelle nait la passion ? Chacun y dénichera ce qu’il souhaite.

« Et là, Sophie, arrivez-vous à voir si je vais écraser quelqu’un ? »

Côté monstre, moi j’y trouve mon compte.

Les médiums comme les diseuses de bonne aventure ont toujours fait partie de notre monde. Déjà, si vous vous penchez sur la Grèce Antique, deux mille ans auparavant, vous pouvez ouvrir un beau chapitre. Les oracles avaient pour mission de répondre aux questions des honnêtes gens en consultant les dieux. L’oracle de Delphes a connu une affluence digne du Black Friday jusqu’au deuxième siècle av. J.-C.

En Asie, les prophètes étaient un peu différents, mais tout autant présents. Le recueil de référence Yi Jing, ou livre des mutations avait pour but d’aider aux pratiques divinatoires. Il s’agit du plus ancien texte chinois, datant de plusieurs siècles av. J.-C. Le contenu de ce texte (pourtant considéré comme une œuvre majeure) est tellement obscur qu’il nécessite des commentaires réactualisés de temps à autre pour en comprendre le sens. Confucius s’y serait essayé.

Vous avez aussi les chamans d’Amérique, les marabouts d’Afrique… Notre besoin d’expliquer le visible et l’invisible est comme qui dirait universel.

En France, qui est sans doute l’un des pays les moins « spirites » d’Europe, différents courants de pensée ont influencé notre perception aux médiums.

Avant la Révolution française, la mode était au magnétisme, puis à l’hypnose, avant de connaître un renouveau en 1857, avec le spiritisme selon Allan Kardec. (C’est lui qui a inventé le mot « spiritisme ». Un néologisme.) Sa philosophie un peu louche de communication avec les défunts (entre autres) a aujourd’hui plus de dix millions d’adeptes dans le monde.

STANLEY : Bonsoir, je crois savoir que nous aurons droit à une séance ?

LA VEUVE CATLEDGE : Oui, Sophie attendait le moment propice et ce soir les planètes sont bien alignées d’après elle.

STANLEY : Et sur quoi doivent-elles être alignées ? Votre colonne vertébrale ?

Magic in the Moonlight de Woody Allen

Kardec a réussi à marquer son siècle. Son livre Le livre des esprits a été réédité cinquante fois en cinquante ans. (C’était le Marc Lévy de l’époque, je suppose…) Il a été reçu par l’empereur Napoléon III lui-même.

On pourrait croire que rares sont les adeptes du spiritisme. Après tout, bavarder avec les fantômes, ça n’a jamais apporté de résultats flagrants.

Eh bien, tout au contraire, c’est dans le milieu artistique, savant et notamment littéraire que le spiritisme a le plus de fidèles.

Citons par exemple Victor Hugo, qui affirmait communiquer avec sa défunte fille et disait à qui voulait l’entendre que : « ceux que nous pleurons ne sont pas absents, ce sont les invisibles. »

Vous voulez d’autres adeptes des tables tournantes ? Alexandre Dumas, Georges Sand, Théophile Gautier… Chez nos voisins anglais, sir Arthur Conan Doyle a même ouvert sa propre librairie spécialisée, animait des conférences et a présidé en 1928 le congrès spirite mondial de Londres.

Saviez-vous que Sherlock Holmes avait été interdit en URSS en 1929, pour motif « d’occultisme » ?

« La vie est dépourvue de sens… » #sadness

« Ectoplasme, serait-ce cette substance crémeuse semblable au yaourt ? »

Magic in the Moonlight de Woody Allen

Quand on parle spiritisme, sont concernées les pratiques suivantes :

  • Les tables tournantes (« esprit de Fred Astaire, si tu aimes la java, tape deux fois »)
  • Le ouija et le verre qui bouge tout seul
  • L’écriture automatique ou « inspirée » ou encore l’écriture directe (autrement dit, les mots apparaissent tous seuls sur le papier comme par magie)
  • La clairvoyance : un genre de télépathie qui peut être spontanée ou avec l’aide d’un support physique (photo, objet, billet de 20…)
  • La transe instrumentale, quand l’esprit invoqué va prendre possession de votre clavier, de votre téléphone ou tout autre objet technologique. (Je ne vous dis pas comme ça peut vite devenir amusant avec les logiciels de prise de contrôle à distance…)
  • La transe tout court : les fameuses vibrations mentales ou quand la tête du médium opère un 360°
  • L’incorporation et la possession
  • La xénoglossie, quand le médium va se mettre à baragouiner direct en breton, alors que la seule langue qu’il maîtrise est l’esperanto.
  • Les arts médiumniques, peinture, sculpture… Si vous pensiez qu’un saxophone ne pouvait pas être hanté, vous vous trompiez.
  • L’ectoplasme : quand le médium vomit partout, mais que c’est un esprit qui s’éjecte de lui. Généralement de forme blanchâtre, la substance prend la silhouette de l’esprit. Ça peut être un corps tout entier, ou juste une main, un visage… Pas du tout glauque, quoi.

(Ça marche aussi par le nez, mais attention à ne pas confondre l’ectoplasme avec de la morve.)

Il y a autant de techniques que de médiums.

Sans doute que la littérature et le cinéma ne sont pas au bout de l’exploration de ce monstre-là.

Quelques années plus tôt est sorti Au-delà de Clint Eastwood, exposant trois parcours croisés : un voyant malgré lui, un témoin d’une expérience de mort imminente et un jeune adolescent qui vient de perdre un être proche. Les trois personnages sont hantés par le besoin de comprendre l’après-vie.

Au rayon horreur, plein de classiques : Ouija, les Paranormal activity, The Ring, l’exorciste… Je crois qu’on peut dire que 50 % des films d’horreur consistent à parler d’esprits, de revenants, de possessions pas très gentilles… On traite moins des médiums que des créatures qu’ils attirent cependant. À leur décharge : c’est plus difficile de se faire mousser pour ses « dons » quand tout le monde doit courir et hurler.

Un excellent thriller : les Autres avec Nicole Kidman, au sujet d’une maison hantée. C’est une manière différente d’exprimer le spiritisme… Sur ce principe également, vous avez Dream House qui nous cause spectres et souvenirs ancrés dans les murs.

Très étrangement, le spiritisme est aussi un sujet de choix pour les romances sentimentales : Ghost et tout récemment Last Christmas, une joyeuse comédie de Noël où tout le monde chiale à la fin.  C’est dire si les amourettes entre fantômes et vivants ont la côte en ce moment.

Dans les séries TV, la plus sympa est Mentalist, dans laquelle un charlatan de foire décide d’utiliser son intelligence et ses astuces pour venir en aide à la police. Il s’agit d’une large critique de la pratique médiumnique, qualifiée de bout en bout comme impossible et l’œuvre d’arnaqueurs. Ce point de vue se rapproche beaucoup de celui exprimé dans Magic in the Moonlight.

Autre curiosité, savez-vous que Downton Abbey propose dans sa saison 2 un épisode sur le ouija ?

Enfin, au rayon littérature, Point de roman de fiction, point de récit technique sur comment géolocaliser un esprit avec une cuillère à pamplemousse… Mais plutôt un témoignage intitulé Les oracles de Shirataka : Vie d’une femme spécialiste de la possession dans le Japon du XXe siècle et écrit par l’ethnologue Anne Bouchy.

Dans cet ouvrage, vous découvrirez la vie de Nakai Shigeno, oracle et guérisseuse, régulièrement possédée par le dieu renard Inari, son protecteur.

Sans aucun jugement, ce livre ouvre une réflexion intéressante sur le spiritisme actuel telle que pratiqué au Japon. (pays des fantômes par excellence, au moins autant que l’Écosse.)

Magic in the Moonlight de Woody Allen aborde en définitive un sujet très moderne : nous ne savons toujours pas comment nous positionner vis-à-vis des âmes défuntes.

Mais n’est-ce pas le propre des vivants que de se tourmenter à propos de la mort ?

Sources : Allociné, Wikipédia, Paris Match et Slate, plus divers sites web sur le spiritisme et les écrivains dont je n’ai pas gardé l’adresse.

9 commentaires sur « Film : Magic in the Moonlight de Woody Allen »

  1. Quel voyage !
    De Woody Allen à Paranormal Activity!
    Ce clair de lune sur fond de prestige m’avait bien plu à sa sortie, l’humour et la métaphysique du petit binoclard n’ayant rien perdu de sa verve !
    Merci pour ce point de vue élargi.

    Pour une bonne séance de spiritisme déjanté, je conseille « jusqu’en enfer » de Sam Raimi.

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  2. Mais quel article complet !
    Je découvre ton blog et je suis bluffée.

    J’ai vu ce film il y a longtemps et j’avoue qu’il ne m’a pas laissé un souvenir marquant. Mais je pense ne pas être super sensible au cinéma de Allen.

    Aimé par 1 personne

    1. Yeah, merci ! 🙂 Il est encore tout bébé ce blog, mais il va vite grandir.

      Pour le cinéma d’Allen, c’est vrai que c’est particulier. Souvent, soit on adore, soit on s’ennuie à fond, on est rarement positionné entre les deux. Pour ma part, je n’ai jamais vu de « mauvais » Allen, hormis Blue Jasmine, qui est gentil mais tristoune.

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  3. J’ai bien aimé mais je l’ai trouvé peu accessible celui-là. J’ai senti qu’il le réalisait plus par besoin de s’exprimer que pour raconter une histoire. Il y avait beaucoup de clins d’œil qui m’ont semblé provenir de sa vie personnelle et après… ça on adhère ou non. Si tu veux retester un Allen, je te conseillerais Midnight in Paris, sur le milieu de l’écriture. Et par exemple… L’homme irrationnel, au début assez lent, mais au bout d’un moment ça part au quart de tour. ^^ C’est un slow thriller.

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