Film : Dans la brume de Daniel Roby

D’après un scénario de Jimmy Bemon, Mathieu Delozier et Guillaume Lemans

Brume et brouillard : retenez votre souffle

Home sweet home, je suis de retour.

Vous en avez assez d’étouffer de chaleur ? D’asphyxier sous un masque en tricot offert par votre grand-mère ? (Avec un motif pingouin dessus, le même qu’elle utilise d’habitude sur les pulls de Noël ?) Vous voulez du grand air pur ? Prendre de l’altitude ? Voir — soyons fou — courir suintant de transpiration sur les toits de Paris ?

J’ai ce qu’il vous faut.

Dans la Brume est un film catastrophe/survivor/science-fiction franco-québecois qui vous donnera envie de respirer à plein poumon.

« Papa, c’était quoi ? C’était un tremblement de terre ? »

Dans la brume de Daniel Roby

En résumé :

Pitch très simple : une brume empoisonnée monte du sol pour aller toujours, toujours plus haut.

Pitch avancé, puissance deux : un couple va devoir faire front commun contre cette brume, pour sauver leur fille, qui souffre de « la maladie du poisson rouge. »

Rangez le citron et la crème au beurre, ça ne se mange pas. La fillette a tout simplement un système immunitaire défaillant qui l’oblige à vivre et à grandir dans une bulle de protection et à respirer un air spécial, produit par un gros ordinateur.

Vous voyez poindre l’anguille sous roche : du fait de la catastrophe brumeuse, l’électricité est coupée. L’ordinateur se met à fonctionner sur une batterie de secours qui doit être changée régulièrement. La gamine ne peut pas sortir de sa bulle, et évidemment, l’appartement du couple situé dans les étages inférieurs de l’immeuble va être submergé. Amateurs d’apnée et de la débrouille, bonjour.

Le reste du scénario consiste à survivre.

Un survivor très français.

Ceux qui me connaissent un peu savent que le cinéma français et moi… c’est compliqué.

J’aime certains réalisateurs et acteurs, je peux bien m’amuser devant certains films franchouillards… Toutefois, en règle générale, quand je commence par « c’est très français », c’est que la suite de la phrase s’annonce désagréable.

Je n’ai jamais compris pourquoi ça ne collait pas entre le cinéma français et moi. J’ai toujours l’impression que l’intrigue manque de rythme, que les répliques sont d’un convenu et que les acteurs se gratouillent le nombril avec un narcissisme clinquant, tout en s’écoutant parler.  

C’est injuste, certes. Il y a de bons films français, mais j’ai des préjugés tenaces.

Le fait que Dans la brume soit un film en réalité multinationalités ne m’a pas permis de mieux le considérer.

Romain Duris (au demeurant excellent dans l’Arnacoeur ou dans Populaire) adopte face à la montée du brouillard une mine grave uniforme du début à la fin, ce qui donne juste envie de le secouer comme un bananier pour le pousser à changer d’expression de temps en temps.

(Je n’ai jamais maltraité le moindre bananier, je vous rassure…)

Quand il annonce d’un air toujours aussi grave : « la brume monte », ou encore : « je suis un foutu optimiste, tu me connais », ou n’importe quelle autre phrase classique, de type « on va y arriver/je ne te laisserai pas y aller toute seule/ il faut le faire, on n’a pas d’autre choix »… Il y a de quoi s’arracher les cheveux.

La même expression. Du début à la fin, quasi sans exception. Usant jusqu’à la racine capillaire. Et toujours avec cette impression de le voir lire son script, qui m’empêche d’entrer dans l’histoire et de me sentir emporté par l’intrigue. Il m’a frustré, ce jeune.

C’est dommage, parce qu’en soit, Romain Duris tient là un bon rôle qui donne envie d’y croire, et sa partenaire féminine, Olga Kurylenko (Oblivion, Les Traducteurs…), offre un répertoire émotif beaucoup plus touchant. Même le couple de petits vieux, personnages secondaires qui prêtent leur appartement du dernier étage, suscite plus d’émotion, et pourtant, on ne peut pas dire que les projecteurs étaient braqués sur Michel Robin et Anna Gaylor.

Manque de rythme, manque de répliques intéressantes, un jeu d’acteur pas au top malgré les efforts accomplis par l’équipe…

Bref, ce film — qui ne manque pas d’audace — est en définitive… très français.

« Il y en a partout, c’est à perte de vue. »

Dans la brume de Daniel Roby

Paris merveille :

Cependant, il a une qualité indéniable : il met en valeur Paris.

Ou presque, puisque les immeubles utilisés pour le film ont été construits en studio, mais sur le modèle de bâtiments parisiens. Il s’agit donc d’un faux Paris, mélangé sans doute avec des bouts de morceaux de vrai Paris. (La rue Daniel Casanova, les 1er et 2ème arrondissements de Paris.) C’est un peu confus, mais que voulez-vous, on est dans le brouillard…

Toujours en est-il que, pour moi, ce film changera votre regard sur la capitale. Vous porterez les yeux en direction des toits qu’habituellement vous dédaignez. Vous observerez les cheminées, les tuiles, l’enchainement des édifices, quelques curiosités architecturales. Paris, vue d’en bas vers le haut, c’est beau.

D’ailleurs, Paris vue d’en haut vers le bas, c’est pas mal non plus. Dans la brume vous offre des paysages très oniriques d’une nappe de brouillard venant lécher les gouttières comme l’écume mordillant la plage. Prendre de la hauteur permet à nos personnages d’être en sécurité. Donc, conséquence logique : le monde d’en haut est merveilleux. C’est un refuge plaisant qui est loin, très loin des pirouettes vertigineuses à la Yamakasi. Jamais je n’aurais cru que marcher en équilibre sur une arête de toit pouvait être aussi facile.

La brume a toujours un effet magique sur la photographie. Elle monte, varie, est plus opaque à certains endroits et d’autres non. Quand on passe à travers, on entre dans un autre monde, celui peuplé des morts. C’est l’enfer, en bas, les corps sont abandonnés à même le sol. Conception symbolique un rien manichéiste, je vous l’accorde.

Tout ça pour dire, l’ensemble de ce film est carrément esthétique. On le regarde non pas pour le scénario, mais parce que c’est immersif, et aussi, car il est facile de se projeter soi-même dans cet univers de notre quotidien. Que ferions-nous, à leur place ?

Petit manuel de la survie en milieu urbain, proposé par Daniel Roby.

Mais… pourquoi ?

C’est la question qui revient le plus souvent. Nos héros, Madame et Monsieur Brume, ont des comportements relativement incohérents. Oui bon… il y a la panique, l’angoisse tangible, le danger… Tout ça a de quoi faire planter et rebooter le cerveau certes. Mais quand même.

Pourquoi Monsieur Brume va courir tellement vite qu’il ne va pas voir le bord de Seine et tomber dans l’eau ? (Alors que sa femme, plus mesurée, va se pencher au bord du vide et lancer un torride « Chéri, youhou, t’es là ? » J’exagère à peine.)

Pourquoi quand Monsieur Brume va trouver un fusil à terre et des traces sanguinolentes, notre coco repart les mains dans les poches, avec toujours son même air mono-expressif sur le visage ?

Pourquoi, alors qu’il est possible de laisser la caisse super lourde qu’ils trimballent depuis dix rues sur un étage intermédiaire de leur immeuble, aller prendre une saine respiration, et venir la rechercher ensuite, Madame Brume va vouloir monter tous les étages d’une seule traite à bout de souffle ?

À croire que les scénaristes avaient joué les péripéties du film aux dés et avaient enchainé plusieurs échecs critiques. 

Entre ça et quelques deux ex machina — c’est-à-dire des rebondissements peu vraisemblables tirés du chapeau — ce film a de quoi interloquer.

Mais bon, c’est un survivor, dans un sens, on ne lui demande pas de faire des merveilles de cohérence.

Franchement, il bouscule déjà quelques codes établis, et ça fait du bien dans le paysage du cinéma français.

Rien que pour ça, ça mérite un hourra d’encouragement.

« Ça n’ira pas mieux. Ça va ne faire qu’empirer ».

Dans la brume de Daniel Roby

Parlons monstre

La… terrible… brume.

Ouais, vous avez raison de flippouiller. Ça fait peur, les déchainements pseudo-naturels, même si c’est intangible. 

De manière générale, la brume est utilisée :

  • Dans des contextes romantiques (le courant artistique gothique comme Dark Shadows ou l’expressionnisme allemand à la Nosferatu.)  Dans ce cas, elle a surtout un but esthétique pour créer une atmosphère propice aux débordements émotifs. Dans le même genre, vous pouvez retrouver l’orage, la mer survoltée et autres manifestations élémentaires…
  • Dans des films de thrillers/Sci-fi/films catastrophes où elle est souvent un monstre à part entière. Souvent, on ajoute des monstres aux monstres : la brume permet de cacher à l’intérieur des créatures toujours plus méchantes, quand elle n’est pas toxique ou corrosive.

La brume, comme son petit frère le brouillard, peut être exploitée de plusieurs manières : soit elle peut être d’origine naturelle, mystique et mystérieuse, soit elle peut être la conséquence de l’action humaine.

Dans ce second cas, qui est très à la mode dans les fictions à tendance « l’homme détruit la planète », il peut s’agir soit d’un acte de malveillance, soit d’un accident technologique.

Elle peut être apparente afin de la rendre menaçante, ou invisible dans d’autres circonstances. (Voir les films sur la Première Guerre mondiale, le gaz moutarde par exemple) 

Elle nous aveugle lorsqu’elle est trop dense, elle nous étouffe quand elle n’est pas respirable. Elle crée un sentiment d’oppression très efficace, car nous sommes globalement impuissants contre elle, obligés de la fuir et ne pouvant nous défendre. Nous ne connaissons pas toujours sa nature et le degré de dangerosité.

La brume change et modifie l’environnement. Elle peut être employée pour nous plonger dans un huis clos, nous isoler, nous rendre claustrophobes. Dans ce film, la brume est utilisée pour transformer un environnement extérieur ouvert (dehors, autrement dit) en un milieu fermé hostile.

Nous ne sommes plus dans les rues de Paris avec vue sur Montmartre, nous sommes soudain « dans » la brume. C’est très intéressant. 

Si vous voulez d’autres films et livres avec des monstres brumeux :

  • Brume (The Mist) de Stephen King. Sans doute l’histoire la plus célèbre de toutes. Une brume étrange recouvre la ville, des monstres apparaissent à l’intérieur, et les gens se retrouvent piégés dans un supermarché. (À cette époque, ça allait encore, ils ne connaissaient pas les pénuries de PQ du 21e siècle.)
  • Seuls, le film adapté de la bande dessinée. Les protagonistes sont coincés dans une ville entourée de part et d’autre par une singulière brume dangereuse. La brume n’est pas au cœur de l’intrigue cependant, elle permet d’en délimiter l’arène géographique, interdisant à nos héros d’aller chercher du secours au-delà.
  • Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier et James Lee Burke. Le brouillard n’est pas si méchant que ça, mais on peut dire qu’il cache d’une certaine manière une scène de crime.
  • Un excellent épisode de The Crown saison 1 (Act of God 1×04) relate le phénomène du Grand Smog de Londres, qui s’est produit en 1952. Événement réel et tragique, Londres a été recouverte durant cinq jours par une nappe de pollution. 4 000 personnes sont mortes officiellement. Mais si on considère les suites de cette catastrophe, 12 000 sont décédées des problèmes de santé consécutifs à l’incident atmosphérique.

Sources : Allociné, Wikipédia, photos Copyright Splendid Film ou Copyright Mars Films

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