De retour pour le festival champenois jaune et noir !
Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, le festival Reims Polar est le descendant direct des prestigieux festivals de Beaune et de Cognac. Pour des raisons financières, le festival de littérature et de films policiers a migré de région il y a quelques années afin de trouver une nouvelle terre d’accueil bienveillante (et de nouvelles subventions qui ont, à priori, fait transpirer une partie du conseil municipal). Afin d’atteindre son équilibre financier, le festival a changé son concept initial pour ne traiter désormais plus que de cinéma. Après cinq premières années réussies (vraiment !), la ville de Reims a signé un nouvel engagement pour accueillir l’événement, qui ne demande qu’à prendre son envol, dans la lignée des renommés Deauville et Gérardmer.
Côté programme, Reims Polar dure six jours, et propose sur cette période deux catégories majeures de films, à savoir la sélection officielle, et la sélection sang neuf pour mettre en valeur les créations récentes qui dépoussièrent et promettent au genre noir un bel avenir pas si sombre. Hormis le grand prix, et le prix sang neuf donc, trois prix spéciaux viennent également récompenser les meilleurs films : le prix du jury de la critique (remis par une équipe de journalistes passionnés), le prix du jury de la police (parce que quand même, dans un festival policier, la police est un peu à l’honneur), et le plus anecdotique prix du public, qui ne veut pas dire grand-chose parce qu’il me semble difficile pour les spectateurs de voir l’intégralité des films proposés avant de voter. (Mais c’est bien, on se croirait aux Oscars. 🙂 )
D’autres catégories annexes viennent s’ajouter au programme : les avant-premières, les rétrospectives (sur le thème serial killer), des projections spéciales (dont le superbe Chicago !), des mises à l’honneur (cette année les polars corses, dont le tout aussi superbe Borgo), des hommages… Et bien sûr, des rencontres au café du coin Odette autour d’un tea time, des masterclass proposés par différents intervenants. Ont prévu de venir rencontrer le public Gus Van Sant himself, Damien Bonnard, Anne Berest, et le club de la presse, outre divers réalisateurs autour d’une conférence sur l’emploi de la Corse dans la fiction, et une seconde conférence sur la guerre contre la cybercriminalité. (Est-elle déjà perdue ? Oui, non, ou réponse C ?)
A savoir que pour cette nouvelle année, le système des réservations obligatoires a été réactivé… pour résoudre les problèmes rencontrés l’année dernière avec les files d’attente chaotiques qui à elles seules procuraient des frissons, l’accès à la salle n’étant jamais garanti.
Désormais, une réservation = une place, et c’est drôlement mieux ainsi. Cela permet aux cinéphiles d’arriver juste au début de leur séance, avec un trafic fluide au stand palpation par la sécurité.
Le film d’ouverture est pour cette année 2026 une avant première : La Corde au Cou de Gus Van Sant, grand réalisateur américain. (Promised Land, Harvey Milk, Will Hunting, Elephant…).
Le réalisateur, présent, est venu saluer son public avant la projection et apporter quelques précisions sur le contexte du film. Cliffhanger photographique, et j’y reviens dans quelques paragraphes.

De quoi ça parle ?
D’un pauvre gars qui s’est fait entuber par sa banque, et qui a décidé de retourner la situation comme un pancake dans sa poêle.
Il en a marre d’être étranglé par les intérêts de son prêt bancaire. Donc, la corde au cou, il va la changer de tête et la mettre autour de celle de son banquier. (ou plutôt du fils de celui-ci, puisque les riches – c’est bien connu – sont toujours partis en vacances, pour laisser à leurs larbins le sale boulot.)
Pour ce faire, notre gars fabrique un fusil artisanal, objet de torture pour le moins sophistiqué, arrangé d’une corde en fil de fer (je suppose ?) noué façon nœud du pendu, à passer au cou de la victime. Ce fusil est décrit comme l’arme d’exécution du condamné à mort : si le banquier bouge ou s’enfuit, pan, le coup part. A cela s’ajoutent menottes, cordages et sarcasmes, histoire de bien le décourager… Commence alors une prise d’otage médiatisée, durant plusieurs jours et nuit, avec des interactions avec la police locale, le FBI, la télévision et l’animateur radio le plus célèbre d’Indianapolis.
Il s’agit d’une true story de l’année 1977, avis aux amateurs de true crime.
Tout ce que notre pauvre gars demande, c’est cinq millions et des excuses.
Pourquoi voir ce film ?
Hum… Spontanément, je dirais pour la bande-son, très jazzy. (Merci M. Temple !) Et pour la reconstitution historique, qui nous projette efficacement cinquante années en arrière. Le film se base sur des images d’archives, et on sent un travail d’imprégnation réalisé par les acteurs pour que leur interprétation soit conforme aux faits tels qui se sont réellement passés. (Facile de comparer : comme bien souvent, les images d’archives sont montées et montrées dans le générique de fin)
Le film offre également des références continues au genre western, que je n’ai pas toutes réussi à interpréter, mais qui m’ont laissé songeur. Elles mériteraient une seconde lecture pour mieux les comprendre.
Et puis, le sujet est épique. Les films de prise d’otage demeurent toujours délicats dans le genre fiction, car il est toujours difficile de montrer simultanément les faits, et de revenir sur les raisons de ceux-ci. Or, expliquer les raisons permet de créer à la fois de l’émotion et du suspense, mais on ne peut s’attarder en flashbacks, alors que le temps de l’action (et du cinéma en général) est le présent. Les films de prise d’otage, lorsqu’ils sont réussis et qu’ils ne sont pas rattachés au cliché du casse de banque, sont en général de belles pièces d’écriture scénaristiques. On peut citer en exemple Money Monster, avec Georges Clooney et Julia Roberts, qui se défendait très correctement, malgré le fait qu’il ait été critiqué sur ses points faibles.
Cependant, pour être tout à fait honnête, j’ai été déçu de La Corde au Cou, dont j’attendais autre chose… ou davantage… ou en tout cas, pas ça. Déjà, en premier lieu, j’ai été surpris d’apprendre que ce film était plus ou moins une commande, puisque le premier réalisateur mis sur le projet avait jeté l’éponge. Le producteur est donc allé voir son contact Gus pour savoir s’il acceptait de reprendre le bébé, ce qu’il a fait. L’homme aux dix-sept films, a donc entrepris la réalisation de son dix-huitième… Mais… le sujet n’a pas vraiment été choisi par lui, et à vrai dire, je me suis demandé comment on pouvait en venir à avoir envie de raconter cette histoire.
C’est-à-dire que, quitte à raconter un film subventionné devant se dérouler au Kentucky (contrainte de tournage) dans un laps de temps court (ce que nous a expliqué le réalisateur, seulement 19 jours au total !), je pense qu’il devait y avoir mieux à raconter. Le film est loin d’être une carte postale, et je n’ai pas eu la sensation qu’il nous parlait de cet état américain, ou des gens qui y habitaient. A vrai dire, et pour les raisons évoquées plus haut, le film se concentre sur la réalisation technique de la prise d’otage (qui est glauque, c’est pas pour rien que c’est classé polar), et peu sur les motivations du gars. Pour moi, c’est donc un raté. On a d’ailleurs du mal à comprendre pourquoi le gars en veut à la terre entière, le fond du sujet n’est jamais développé de manière claire.
De plus, la narration dans la Corde au Cou, est plutôt monocorde. Il ne s’y passe que peu de choses, et pour moi, qui suis nourri aux plot twists à longueur de temps, – la faute au cinéma des années 2020 -… eh bien, j’ai trouvé ça mou, répétitif et plutôt ennuyeux. Je n’ai pas compris en quoi ce fait divers, qui aurait pu se résumer en deux pages, méritait d’être délayé en deux heures à l’écran.
Demain aura lieu une masterclass animée par Gus Van Sant et j’espère bien avoir quelques explications complémentaires pour me permettre d’affectionner ce film. C’est chiant quand on a le sentiment de passer à côté. Je remets donc mon avis en jeu, et suspense. 🙂
A bientôt pour le deuxième film du Reims Polar 2026 !
