Reims Polar 2022 #09 – La ruse de John Madden

Le film d’après cérémonie de clôture est une avant-première. Je vous propose un petit complot bien anglais, avec la Ruse de John Madden.

La ruse de John Madden

Le réalisateur nous adresse un petit message vidéo avant la projection pour s’excuser de son absence au festival. En effet, la sortie du film en Angleterre est prévue pour bientôt, de sorte qu’il se trouve actuellement en plein rush promotionnel.

On sent le prétexte un peu convenu. Si ça avait été le festival de Cannes et non Reims Polar, nul doute qu’il aurait trouvé le moyen de se libérer ou au moins de diligenter un acteur pour faire acte de présence…

Pour ceux qui ne le connaissent pas, John Madden est un réalisateur avec une belle filmographie à son actif, la plupart de ses films ayant su toucher le grand public : Shakespeare in love (oscar du meilleur film en 1998), l’Affaire Rachel Singer (prix spécial police en 2011), Capitaine Corelli, Indian Palace n°1, Indian Palace n°2

(Oui, pour les deux derniers, je sais.)

Côté série TV, rappelons qu’il a aussi réalisé quelques épisodes de l’Inspecteur Morse.

(Oui, je sais aussi.)

Côté casting, John Madden réunit une fine équipe d’intrigants, constituée de Colin Firth (La Taupe, Kingsman, Magic in the moonlight…) , Matthew Macfadyen, Kelly Macdonald, entre autres. Ces trois sont des monstres du cinéma qu’on ne présente plus.

Ça n’étonnera personne si je vous dis que La ruse se destine donc à emprunter la voie classique des blockbusters, avec tous les travers que l’on peut mettre derrière ce mot. D’ailleurs, il s’agit d’un film destiné à Netflix à la base, qui connaîtra une sortie au cinéma en Europe, mais pas aux USA.

C’est comme ça que naissent les histoires d’amour et de jalousie.

De quoi ça parle ?

Seconde guerre mondiale, les nazis sont en train de gagner.

Les Anglais prévoient de débarquer en Sicile, mais les forces adverses sont trop nombreuses sur place, si bien qu’ils doivent trouver une solution pour les attirer ailleurs.

L’idée est toute simple : ils vont faire croire à Hitler qu’ils prévoient en réalité d’attaquer la Grèce. Pour emmener leurs adversaires sur cette fausse piste, ils vont mettre en place une super ruse tirée d’un roman d’espionnage anglais.

Vous n’auriez pas un petit cadavre à nous proposer ?

Pourquoi voir ce film ?

Parce qu’il est historique et repose sur des événements réels et méconnus, l’opération Chair à pâté. (Operation Mincemeat, en anglais)

L’enjeu du récit vise à désinformer l’ennemi en utilisant une arnaque.

Plus qu’un film d’espionnage, nous retrouvons donc les codes des films d’arnaqueurs (L’arnaque, Le Prestige, Diversion, Assurance sur la mort, Les diaboliques, Nightmare Alley…) qui consistent à d’une part, expliquer le tour, et d’autre part, montrer au spectateur sa réalisation.

Quand c’est bien raconté, le spectateur lui-même n’y voit que du feu, ou bien tremble en se demandant si la victime du tour va se rendre compte de la supercherie.

Dans La ruse, malheureusement, je crains que le réalisateur ne se soit contenté que des efforts strictement minimums pour faire un film bankable, sans creuser le scénario.

Si la petite histoire de l’opération Chair à pâté est passionnante, le film est quant à lui plutôt ennuyant. Du début à la fin, il n’y a pour ainsi dire aucun rebondissement, aucun doute sur le fait que la ruse va marcher, et j’ai eu l’impression qu’on me lisait une page wikipédia avec bien peu d’enthousiasme.

Même les acteurs avaient l’air de se faire chier. :/

Au bout d’un moment, il serait bon que les grosses sorties annuelles arrêtent de se reposer uniquement sur leur casting et cherchent à présenter quelque chose de valable…

Je crois que ce film souffre aussi de la comparaison avec tous les autres projetés au cours de ce festival… Cela fait cinq jours que nous ne voyons que des films très recherchés, pour beaucoup des prouesses de jeunes talents du cinéma. Et tout d’un coup arrive cette superproduction d’un réalisateur vieux de la vieille, qui ne tient que par sa renommée déjà acquise… Il y a une forme de paresse, il n’y a plus le goût d’en découdre et de percer.

Reste que la reconstitution historique est belle et que dans ce film, on danse le lindy-hop. Ça sauve le reste.

A bientôt pour un petit débrief’ du grand gagnant Sang Neuf. =)

Retrouvez les précédentes chroniques du Reims Polar 2022 :

#01 Retour en festival

#02 Cérémonie d’ouverture

#03 Entre la vie et la mort de Giordano Gederlini

#04 Assault de Adilkhan Yerzhanov

#05 Midnight Silence de Oh-Seung Kwon

#06 Are you lonesome tonight ? de Shipei Wen

#07 The Execution de Lado Kvataniya

#08 Cérémonie de clôture

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