Film : Black storm de Steven Quale

D’après un scénario de John Swetnam, avec Richard Armitage et Sarah Wayne Callies.

Tornades surnaturelles et autres monstres venteux

« Vite ! Accroupis ! Face au mur ! Mains sur la tête ! »

Black storm de Steven Quale

Hey, c’est que ça souffle dans les grilles de programme en ce moment !  

Une chaîne du petit écran — ne me demandez pas laquelle — a proposé la rediffusion de Black storm de Steven Quale. La semaine ayant été riche en films catastrophes… (Notamment Le Transporteur et Cinquante Nuances plus sombres, coup sur coup) j’ai fini par céder à l’appel du frérot de Twister, qui offre au moins de voir voler des avions en marche arrière.  

Ça me donne une bonne occasion de vous toucher deux mots sur la place des tourbillons de l’extrême dans notre imaginaire monstrueux, parce que figurez-vous que ça ne date pas d’hier…

Au commencement était le pitch :

Black Storm est sans nul doute un film catastrophe très représentatif du genre, à classer dans la catégorie coup de vent.

Conformément aux usages, il présente un point de vue en choral, permettant à plusieurs personnages de vous chantonner leur petite histoire au milieu d’un grand tout apocalyptique.

Vous aurez droit aux protagonistes suivants :

  • Un adolescent amoureux d’une adolescente, les deux fricotant ensemble dans un lieu isolé, secret et dangereux. 
  • Le père dudit adolescent, veuf et plus préoccupé par son boulot que par ce qu’il reste de sa famille jusqu’à ce que celle-ci, évidemment se retrouve en danger.
  • Un chasseur de tornade pro, ses caméramans et sa miss météo célibataire. (Vous la sentez venir, hein, la romance ?)  
  • Deux couillons youtubeurs qui cherchent le scoop au fond de leur pack de bières.  

Côté effets spéciaux, je vous annonce aussi le menu… Vous pourrez voir des tornades classiques, des entonnoirs multiples, des tornades de feu, et un méga ouragan, avec de vilains nuages noirs.

D’où le titre français, Black storm = orage noir.

Ça n’a pas l’air bien folichon, présenté comme cela, mais malgré tout, le scénario est plutôt travaillé.

Combat de regards :

Le manque d’originalité global se compense par une grosse recherche narrative. Pour cela, le réalisateur Steven Quale a choisi une méthode « valeur sûre » nommée la caméra subjective.

On parle aussi de found footage, c’est-à-dire d’images soi-disant prises sur le vif, au cadrage aléatoire et à la qualité faussement médiocre. Vous la connaissez déjà dans des films comme Le Projet Blair Witch ou Cloverfield, c’est une fidèle des films d’horreur puisqu’elle ajoute de l’angoisse à l’angoisse.  

Dans Black storm, tout n’est pas tourné comme cela, les plans s’entremêlent entre les « pros » et les « amateurs ». Cependant, l’adolescent n° 1 propose à sa girlfriend de la filmer pour son projet de fin de stage, le papounet préside une cérémonie de remise des diplômes filmée, le chasseur de tornade a un équipement du tonnerre et les youtubeurs, facile… Ils ont un téléphone portable greffé à la place de leur cerveau. En résumé, chacun possède sa propre caméra et tout le monde se filme mutuellement.

L’histoire est donc un sympathique jeu de champs/contrechamps, le tout à hauteur d’yeux, de manière à ce qu’on puisse partager le point de vue de nos héros. Certaines parties du film ont d’ailleurs été prises directement avec des caméras Go-pro, genre celles qu’on se colle sur une casquette pour revoir ses exploits sportifs. Résultat : nous sommes nous-mêmes des personnages, lorsque les tornades nous poursuivent, nous pouvons nous sentir réellement en danger.

(Surtout si vous avez allumé le ventilo chez vous, et qu’il se détraque à ce moment-là. Epic fail !)

Comme la construction de l’image est assez soignée et détaillée, le film en devient presque aussi réaliste qu’un documentaire.

« Pour finir, je citerai Henry David Thoreau : avancez avec confiance vers vos rêves… »

Black storm de Steven Quale
De la philosophie et de la moralité :

Presque un documentaire, hein. Puisqu’il faut rendre le tout crédible, Steven Quale a pensé judicieux de placer un faux micro-trottoir où les acteurs sont tour à tour interviewés. On en oublierait qu’il s’agit de cinéma.

Nos personnages ont décidé de réaliser une capsule temporelle vidéo et se laissent des messages à destination des futurs eux de dans 25 ans.

Et vous, si vous pouviez adresser un mot à votre futur vous ? Que lui diriez-vous ?

Réfléchissez-y et participez au jeu de projection du spectateur… 

Évidemment, si on vous demande de songer à votre avenir, c’est pour créer un contraste subtil avec le fait que la plupart des persos ne survivront pas aux trente premières minutes. La vie est courte, profitez de chaque instant et n’attendez pas pour être heureux, c’est la morale que vous assène un ado sur le point de crever face à sa caméra.   

Cela serait cent fois plus efficace cependant, si les ressorts scénaristiques nous épargnaient les « il va mourir, ah en fait non. » qui sont surabondants tout au long du film. Black Storm a malheureusement du mal à tuer ses personnages principaux, ce qui transforme vite un frétillement d’émotion en rires gênants.  

S’il n’y avait que du carpe diem… Mais ce film regorge de pensées positives un peu lourdingues, du style « venez en aide à votre prochain », « aaah, je ne te lâcherai pas ! », « sauver les enfants d’abord ! », « je vais me sacrifier pour toi ! », « pense au bien-être de tes salariés plutôt qu’à ton chiffre d’affaires ! » et autres jolis mantras qui ne résistent pas deux minutes lorsque vous vous trouvez normalement sur le point d’être bouffé par une tornade de feu.

Moi, ça a tendance à vite m’agacer parce que ça casse tout le travail fait précédemment pour créer un peu de réalisme. Mais après, cela rend Black storm assez soft pour passer une bonne soirée popcorn en famille, toutes tranches d’âge confondues. (esprit Jurrasic Park…) C’est à la fois un défaut et une qualité.

Derrière toi andouille !
Mère Nature a de grandes dents :

Une spécificité de ce film a été de donner aux tornades une intelligence machiavélique. Nos évènements aléatoires deviennent presque intentionnels, et on sent qu’une confrontation s’organise pour que nos tornado hunters puissent en avoir pour leur argent.

Le rythme monte crescendo, partant du tube qui dure deux minutes et se calme à la super grosse finale qui semble s’acharner mordicus sur notre petit groupe de cinéastes amateurs.

C’est une volonté du producteur du film, Tod Gardner, qui a voulu créer sa version de la tornade-monstre, indiquant d’ailleurs : « On peut avoir le sentiment qu’elles vous pourchassent, même si leur trajectoire semble totalement aléatoire. »

Rendre la tornade intelligente, c’est placer un élément fantastique dans un univers qui se doit d’être scientifique. Cette stratégie gagnante pour un film d’horreur est très risquée pour un film catastrophe. Cependant, pour Black storm, ça passe, parce que l’intention du spectateur n’est pas focalisée uniquement sur les phénomènes météo.

« — Une autre !

— Y en a partout ! »

Black storm de Steven Quale
Voyeurisme :

Il y a quand même un truc qui mérite d’être dit : les effets spéciaux sont beaux. On oublie le travail numérique, alors que pourtant, tout a été créé en studio.

L’équipe, lors du tournage, n’a pas eu un seul nuage noir dans le ciel. Imaginez le challenge des acteurs de devoir jouer des séquences angoisse en levant les yeux sans rien apercevoir de méchant autour d’eux. Good job, les gars. Bravo au premier rôle masculin Richard Armitage (plus connu dans le personnage de Thorin Ecu-De-Chêne) et à son équivalente féminine Sarah Wayne Callies. (Une habituée des séries TV)

Pour nous spectateurs, nous avons notre compte. Nous souhaitions observer des phénomènes climatiques dangereux crédibles et Black storm nous en offre une sacrée quantité, renvoyant au placard le vieux Twister de 1996.  

Nous ne payons pas pour entendre une histoire, mais pour voir des catastrophes. Comme dirait Scott Mendelson, journaliste chez Forbes, nous recherchons du « porno catastrophe ».

Black storm n’hésite pas à jouer avec ce concept de voyeurisme, puisqu’il oppose et réunit deux camps :

  • Les caméramans, journalistes et chasseurs de tornade, qui désirent aller à l’intérieur de l’œil pour obtenir gloire et Pulitzer,
  • Les youtubeurs — exactement les mêmes que les premiers, la carte de presse en moins — qui veulent également de la bonne image, mais pour faire kiffer les copains.

Nos personnages sont donc des ersatz du spectateur, puisque nous entendons nous aussi découvrir ce que la tornade cache. Cette mise en abîme évidemment réfléchie laisse penser que Black storm joue avec nous autant que nous jouons avec lui.

Alors, regarder ou ne pas regarder Black storm ? Quel jugement de valeur porterez-vous sur vous-même après avoir visionné ce film ? Bienvenue dans l’univers terrible et culpabilisant des amateurs de catastrophes.

L’ironie du destin : un tête à tête avec la fille de ses rêves dans une situation désespérée.
Parlons monstres !

Je vous l’ai annoncé en introduction, les tornades déchaînées nous fascinent et nous horrifient depuis au moins la nuit des temps.

Nos premiers monstres, nous les puisons dans la réalité, dans ce qui tue les hommes. Le Titanic a créé le monstre iceberg, par exemple, en en faisant autre chose qu’un glaçon.

Pour les tornades, le concept est le même. C’est parce que nous sommes touchés par ce phénomène climatique que nous lui avons associé un visage de monstre. Faut dire, elles surgissent de manière incompréhensible, relient le ciel à la terre, détruisent tout. Immatérielles et disproportionnées par rapport à notre échelle humaine. Et pourtant elles sont si belles ! Leur forme d’entonnoir dansant sur l’horizon les rendrait presque hypnotiques.

C’est pourquoi, dès l’antiquité, les tornades et autres vents ont été déifiés.

Comme il existait jadis des vents vertueux (Éole et ses quatre sous-fifres : Borée, Euros, Zéphyr et Notos), leurs doubles maléfiques étaient conduits par le terrible Typhon, dieu primitif, fils de Gaïa et de Tartare. Bon, évidemment, les Grecs et les Romains n’avaient que peu de problèmes de tornades, eux c’était plutôt les tempêtes et sans doute les trombes marines. Mais quand même, Typhon est notre première divinité à prendre la forme d’un ouragan destructeur.

Par extension, il est aussi le monstre « cracheur de flammes ». Ailé, avec cent têtes de dragon et cent têtes de vipère. Il a aussi la paternité malsaine, enfantant hydres, gorgones, harpies, sphinx, cerbère, chimère, aigle du Caucase, lion de Némée… Si vous voulez insulter quelqu’un, vous pouvez opter pour « Z’y va, fils de Typhon ! » Ça fait de l’effet, surtout dans un cours de latin-grec. (En dehors, ça perd de sa puissance.)

On dit enfin qu’il se cachait sous l’Etna et qu’il provoquait les éruptions volcaniques lorsqu’il s’énervait un peu trop. Bref, Typhon, c’est le méchant des méchants courants d’air et vous ne l’invitez pas à l’apéro.

Son nom a d’ailleurs été donné aux cyclones tropicaux, faisant déborder le mythe sur notre réalité.

Bien plus tard, les tornades ont été perçues comme des armes, des manifestations de la magie sur terre. (Les enchanteurs et sorciers se balançant à la tronche des boules de vent bizarres…) Ou des phénomènes permettant de passer d’un monde à l’autre. (Le Magicien d’Oz).

Alors même que l’on commençait à savoir les expliquer scientifiquement, les tornades ont gardé dans l’imaginaire une dimension mystique.

Des légendes circulent toujours à leur propos, notamment celle racontant qu’elles seraient capables de « sauter des maisons », et qu’elles pourraient donc « choisir » qui détruire et qui laisser vivre. Les chasseurs de tornades sont devenus nos chevaliers modernes, partant à fond la caisse dans leur tank à la rencontre des dragons. (Twister de Jan de Bont) Ce sont de valeureux héros, raison pour laquelle la jeunesse aimerait parfois les imiter et embrasser leur profession.

On adorerait les maîtriser — c’est le cas de la mutante bien nommée Tornade — dans la saga comics des Xmens pouvant les faire apparaître ou disparaître à sa guise.

On rêve aussi de savoir ce qui se cache à l’intérieur, depuis que nous avons connaissance du concept de l’œil de la tornade, cette zone au cœur du tube où les vents s’apaisent. C’est un mystère : qui arrivera assez longtemps à survivre pour y entrer ? Et qui réussira à en ressortir pour témoigner de sa vision ?

Pourrait-on y rencontrer Taz, le célèbre diable de Tasmanie des Looney Tunes, le « monstre toupie » ? Détruisant toujours tout sur son passage, Taz se déplace en créant autour de lui une tornade dévastatrice. C’est lui, l’œil, en tout cas à en croire les dessins animés.

Au cinéma, les tornades et tempêtes sont souvent l’ennemi à contenir. Métaphores de la méchanceté humaine ou conséquences du réchauffement climatique (les tempêtes du Jour d’après, provoquant une nouvelle ère glaciaire) elle viennent nous sanctionner. C’est le cas dans des films comme Cyclone catégorie 6 : le choc des tempêtes (ambitions commerciales démesurées et attentat écologique) ou Geostorm (complot politique).

Bon. Et vous et les tornades, alors ? En avez-vous déjà vu ?

Sources : Allociné, Wikipédia, photos copyright Warner Bros. France

5 commentaires sur « Film : Black storm de Steven Quale »

  1. Phénomène climatique parmi les plus impressionnants que je connaisse, j’avoue avoir comme beaucoup une véritable fascination pour les tornades. Pas trop pour les films cata qui bien souvent sont prétextes à combler le vide autour du tube. Cette Black Storm semble en être. J’en connais même qui y font voler des requins. 😉🦈

    Aimé par 1 personne

    1. ^^ Certains films catastrophes sortent vraiment du lot. Black storm, non, c’est sûr qu’il est très classique. C’est son aspect faux documentaire qui relève un peu le niveau.

      (Hé, t’as chroniqué Contagion quand même ! Ça tombe dans le registre des films-cata ! )

      Aimé par 1 personne

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