Quatrième film de la compétition officielle, dont je vais vous parler. Allumez les ventilateurs, car ça va transpirer.
Le réalisateur nous adresse un sympathique message en vidéo avant la projection du film. Il nous explique qu’il s’agit de son premier long-métrage. Au programme ce soir, une histoire de rédemption.
Plein de bonne volonté, Shipei Wen remercie Runch Polar de l’accueil qui lui est fait. Vive Runch, vive la ville de Runch.
Depuis, le grand jeu intra-festival consiste à essayer de faire prononcer le nom de la ville à tous les invités internationaux présents, voir qui y arrive ou pas.
On rigolerait moins si on nous demandait tout à coup de prononcer le nom d’une ville chinoise. ^^
Côté acteurs, on note la présence à l’écran d’Eddie Peng et Sylvia Chang. Tous deux ont déjà une belle filmographie à leur actif, notamment Eddie Peng qui connait aussi bien les plateaux de tournage chinois que les américains (La grande muraille).
Voyons ce que ça donne.
De quoi ça parle ?
Dernier jour de détention pour un prisonnier. Avant de sortir, celui-ci essaie de se souvenir de ce qui l’a conduit en cellule, afin de se délivrer du passé.
Retour en arrière. Un homme au volant doit emprunter une autre route que prévue, à cause d’un bœuf assis sur la chaussée. Quelques kilomètres plus loin, il renverse un homme. Délit de fuite, il se barre, puis pris de remords, il revient.
L’homme est mort. Angoisse. Il décide de rouler le corps sur le bas-côté et s’enfuit de nouveau.
Les jours passent, et il n’en dort toujours plus la nuit. Il va alors se dénoncer à la police, mais problème… le corps n’a toujours pas été retrouvé. Plus bizarre encore, au bord de la route, le cadavre a disparu. Personne ne le prend au sérieux.
A défaut de mieux, il décide d’entrer en contact avec la veuve de la victime, pour lui avouer son crime.
Pourquoi voir ce film ?
Parce que ce récit est très ambitieux. Ils étaient quatre à plancher sur ce scénario, dont le réalisateur Shipey Wen lui-même, et on sent leur profond enthousiasme. Chaque séquence est riche en symbolismes, chaque plan est fouillé, rien n’est laissé au hasard, il y a incontestablement eu du boulot.
Ce film est un slow, à l’instar de son titre. On nous invite pour une danse, dont la partition aurait pu être écrite pour un Wong Kar Wai.
De manière un peu surprenante, la thématique de la danse est reprise plusieurs fois dans le récit, une séquence se déroulant dans un dancing, une autre lors d’un cours de danse sportive, discipline qui gagne en popularité ces dernières années en Chine.
Le rythme est lent, le récit prend son temps afin de créer une ambiance sirupeuse, à base de glaces, de transpiration moite, de bains dans l’eau. De danse du lion ou de pétards, aussi. La bande-son est très travaillée et ce n’est pas pour rien que le titre du film est également celui de son morceau principal, Are you lonesome tonight ? une reprise d’Elvis.
On se laisse porter par ces jeux d’impressions, avec en arrière-plan la quasi-certitude que notre protagoniste n’aura jamais le courage d’avouer son crime.
La première partie consacrée à la relation entre le protagoniste et la veuve est vraiment bien narrée.
Et puis comme dans un bon vieux Tarantino, le récit reprend, raconté d’une autre manière par d’autres personnages. Nous avons plusieurs points de vue, pour nous expliquer ce que le héros n’a pas pu apercevoir, le soir où il a renversé cet homme sur la route.
Le récit est brillamment construit de telle sorte que l’on ne ressent aucun effet de répétition, malgré la récurrence des certaines séquences.
Comme dans un Tarantino aussi, certains passages font part d’une violence comique. Comme le mec qui s’auto-tire dessus en voulant frimer avec sa super pétoire artisanale.
La seconde partie plonge dans une atmosphère beaucoup plus classique de criminalité, avec quelques codes : des flingues, un sac plein d’argent (Lucky strike !), quelques menaces échangées discrètement.
J’ai un petit bémol sur cette seconde partie qui est un peu différente, et que je pense ne pas avoir compris.
J’ai eu un problème avec les acteurs qui se ressemblaient physiquement. Pour moi qui ne sais pas reconnaître les gens, à la fin je ne savais plus qui était qui. J’ai quand même saisi le dénouement dans ses grandes lignes, mais sans pouvoir l’apprécier à sa juste valeur.
Le plus bizarre, c’est que je suis allé chercher après séance des analyses de ce film sur le web, et j’ai vaguement eu l’impression que je n’avais pas été le seul en galère, sur cette fin. Beaucoup de commentaires sur le début, très fluide, très réussi, que des commentaires évasifs sur la deuxième moitié du film.
J’aurais besoin de le revoir une seconde fois, pour mieux me positionner.
En attendant, Are you lonesome tonight ? a remporté le prix du jury ex-aequo, ce qui m’apparait mérité.
Si on peut le critiquer pour avoir mélangé dans un même film deux genres différents, un pari risqué, on ne peut que le saluer pour avoir voulu présenter un polar « positif », axé sur la beauté et la bienveillance.
A bientôt pour le débrief’ du cinquième film de la compétition. =)
Retrouvez les précédentes chroniques du Reims Polar 2022 :
#03 Entre la vie et la mort de Giordano Gederlini
