Cinquième film de la compétition officielle, dont je vais vous parler. Le dernier projeté en salle cette semaine, une avant-première mondiale.

Oh, la claque.
Difficile de dire mieux, c’est facile de comprendre pourquoi ils ont attendu le dernier jour pour le projeter, parce qu’il éclipse tous ceux vus précédemment.
Le pire (le mieux), c’est qu’il s’agit du premier long-métrage du réalisateur Lado Kvataniya. Jusqu’à présent, il n’avait réalisé que des courts, ou des clips musicaux. C’est à se demander à quoi ressemblera son deuxième long-métrage, s’il sera de même niveau ou encore meilleur.
M’sieur Lado Kvataniya était présent au festival pour nous projeter ce film, et nous expliquer en avant-propos qu’il concevait le cinéma comme un miroir dans lequel chacun pouvait apercevoir des fragments de lui-même.
Quand on voit la noirceur de film, je ne sais pas trop si on a envie de s’entrapercevoir dans le miroir ou non. ^^
Un détail qui en dit long (pour moi) : dans son parcours, Kvataniya a suivi des cours de scénario avec John Truby, un des script doctors américains les plus connus. Le scénar de ce film est donc chiadé à suivre, peut-être parfois trop. Mais au moins, impossible de s’y ennuyer.
De quoi ça parle ?
Un tueur en série sévit depuis une dizaine d’années en Russie. Un mec ignoble qui kidnappe ses victimes, les emmène dans la forêt, leur remplit la bouche de terre avant de les poignarder dans le dos, puis dans le ventre (et je vous épargne les détails d’ordre sexuel).
Ouf général, le commissaire en charge de l’enquête arrête le ou plutôt les responsables, un couple de jumeaux maléfiques. Toutes les preuves permettent de les identifier comme les auteurs des crimes. Ça correspond. Ils avouent. Applaudissements, hourras, vodka.
Sauf qu’après le procès, les meurtres continuent.
Le commissaire s’est trompé et a emprisonné des innocents. Mais ce n’est pas de sa faute à lui personnellement, lui il enquête. Ce sont les juges qui condamnent et qui se sont donc trompés. Notre brave héros arrive à continuer à se regarder dans le miroir.
Jusqu’au jour où une des victimes survit au tueur et peut identifier celui-ci. Il craque et reprend l’enquête.
Pourquoi voir ce film ?
Vous aimez les enquêtes de police ? Vous aimez les histoires de psychopathes à vous faire dresser les poils du dos ? Vous aimez assister aux interrogatoires ou qu’on vous parle de profilage ?
Le scénario est l’un des plus bétons parmi tous les polars que j’ai pu voir.
On pourrait le classer au même niveau que LA Confidential, Le Silence des agneaux, Prisoners, Chinatown, Seven et autres grands titres américains ou asiatiques.
D’ailleurs, il s’inspire de tout ce qui a été écrit précédemment, on ressent les influences de ses prédécesseurs.
En fait, j’ai juste envie de le revoir à nouveau, pour essayer de comprendre ce qui m’a échappé.
Autre qualité de ce film : il y a un véritable jeu sur la chronologie. On oscille entre les années 1985 et 1992 passant plusieurs fois d’une époque à une autre. On revit la toute première enquête avant l’arrestation des jumeaux maléfiques, et on cherche à comprendre ce qui a bien pu foirer pour avoir un troisième assassin encore en liberté.
Est-ce le même homme ou un imitateur ? Y en a-t-il encore d’autres ?
Je ne peux pas dire que le dénouement soit une surprise, mais l’explication qui justifie ce dénouement en était une pour moi.
Concernant la réalisation, celle-ci est sans chichis. Pour un premier film, le réalisateur ne tombe pas dans les pièges de la surenchère et reste très soft, voire humble dans son travail. Ce qui permet de mettre en avant le très bon jeu des acteurs dont les noms sont inconnus en occident. Particulièrement Niko Tavadze, premier rôle protagoniste, Daniil Spivakovskiy, premier rôle antagoniste, Evgeniy Tkachuk, second rôle soutien.
Bravo les gars !
A noter que le film a reçu deux prix amplement mérités : le prix du jury du festival (ex-aequo), et le prix du jury spécial police.
A bientôt pour le débrief’ de la cérémonie de clôture. =)
Retrouvez les précédentes chroniques du Reims Polar 2022 :
#03 Entre la vie et la mort de Giordano Gederlini
#04 Assault de Adilkhan Yerzhanov
