Premier film vu en compétition de cette année. Et surtout, prix du jury ex-æquo 2023.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce film a déjà quelque peu bourlingué. Il fut film de clôture de la 61ème Semaine de la Critique de Cannes, en 2022 (compétition parallèle à la grosse que tout le monde connait).
Il commence à être distribué en salle dès cette semaine, de sorte que tout le marketing et les articles de presse sont déjà sortis.
Beaucoup d’explications trainent donc déjà sur internet. Le film est construit à partir d’un fait divers réel de 2016. Le sujet a été proposé à la réalisatrice pour en faire un film quatre ans plus tard, en 2020, elle s’est donc mise à écrire un scénario. Il s’agit de son second long métrage. Pour l’écriture, elle s’est beaucoup appuyée sur l’actrice Doona Bae, qui était déjà son premier rôle féminin dans son premier film. (Doona Bae, tout le monde l’a déjà vue quelque part : Ring, Sympathy for Mister Vengeance, Cloud Atlas, Jupiter le destin de l’univers… Elle a travaillé également avec Hirokazu Kore-Eda, avec Alain Chabat… Elle est partout.)
Il est un peu plus difficile de trouver des informations sur Kim Si-Eun, premier rôle féminin et interprète de Kim Sohee, déjà parce qu’il existe une homonyme également actrice (seule la date de naissance semble différer), et ensuite parce qu’elle ne semble pas spécialement habituée des grands écrans. Un premier rôle ? Peut-être.
Vient le moment de la projection.
De quoi ça parle ?
De Kim Sohee.
Ahah, le titre est clair. C’est l’histoire d’une fille…
Pourquoi sa vie est exceptionnelle ? Parce que lors d’un équivalent coréen de stage de troisième, elle s’est suicidée, épuisée par un système harcelant, humiliant et vide de sens, dans un centre d’appels téléphoniques.
Si vous voulez (acheter une piscine/des panneaux solaires/utiliser votre compte professionnel de formation/bénéficiez d’une promo super avantageuse si vous ne résiliez pas votre contrat) en savoir plus sur la vie de ces pauvres voix anonymes, allez voir ce film.
Pourquoi voir ce film ?
Parce que loin d’être un polar ordinaire, il s’agit d’un drame humain. On flirte inter-genre. Certes, il y a bien une enquête policière, mais elle n’est pas là pour déterminer ce qui s’est passé. Nous, on le sait déjà, la réalisatrice nous a montré ce qu’était la vie de Kim Sohee durant une heure et demie. Puis elle meurt. (Je ne vous spoile rien, encore une fois, c’est tiré d’un fait réel.)
La question est ensuite de savoir que va faire la société, face à l’histoire de Kim Sohee. Classer l’affaire ? Fermer les yeux ? Creuser le scandale ? Les ouvrir grand ?
Étonnamment, le film ne comporte aucun encart de texte en guise d’épilogue, pour expliquer quelles ont été les suites après 2016. Mais si vous voulez la réponse, vous pouvez la trouver sur Allociné dans la rubrique secrets de tournage.
Le rythme du film est très lent, anxiogène car on y voit une descente aux enfers, sans véritable espoir. Les personnages ne sont d’aucun soutien les uns pour les autres. On est dans les codes du roman noir, où la critique sociétale (qui est plutôt une autopsie qu’une critique, d’après la réalisatrice. L’idée étant moins de dénoncer que d’analyser) et l’exposition des faits deviennent plus importants que l’intrigue.
Les autopsies, c’est moche, nous dit le film. C’est vrai que c’est moche. Mais c’est parfois utile pour révéler les scandales.
A bientôt pour le troisième film !
