Festival de Cannes 2023 #01 – Jeanne du Barry de Maiwenn

Voici venu le mois de mai et le temps des découvertes cannoises !

Comme j’ai genre… une bonne semaine de retard dans mes articles, j’attaque direct dans le vif du sujet, par le film d’ouverture 2023.

Roulement de tambours, courbettes et perruques poudrées, place à Jeanne du Barry de la réalisatrice Maiwenn.

Jeanne du Barry

L’affiche est à l’image du film, centré sur Maiwenn, sa vie, sa personnalité et son caractère à contre-courant. (pour le peu que j’en connaisse)

Il faut dire que Maiwenn a décidé de confier le premier rôle à l’acteur déchu Johnny Depp.

Pour ceux qui ont réussi à être épargné par l’affaire Depp, disons qu’après la saga Pirate des Caraïbes, notre rocker a connu quelques déboires sentimentaux avec une actrice, ce qui a viré en une relation pour le moins toxique. Chacun a déposé plainte contre l’autre. Ca s’est terminé au tribunal et le procès a été médiatisé. Depuis, il y a les soutiens de Depp, les soutiens à son ex-femme, et ils se tapent gaiement les uns, les autres pour savoir qui doit boycotter qui. Bouh les femmes, bouh les hommes, etc.

(Moi, perso, j’ai lâché l’affaire quand le débat a porté sur des questions scatologiques, tel que « qui a chié dans le lit conjugal ? » et « doit-on expertiser la crotte ? ». Au bout d’un moment, l’hypermédiatisation a ses limites.)

De fait, la présence de Johnny Depp sur la Croisette a provoqué plus de remous que la marée méditerranéenne dans le port de Cannes. Même les journalistes ne savaient plus comment traiter l’affaire, et le contenu du film est devenu vraiment secondaire sur les casseroles qu’il se traine.

Maiwenn a très probablement voulu redonner sa chance à Johnny Depp (qui est par ailleurs un excellent acteur) parce qu’elle-même n’a cessé de se prendre la tête avec les médias.

Tout ce ramdam contextuel a pour effet d’avoir donné un film bien étrange, à la fois superbe fresque historique comme on n’en voit plus souvent, et à la fois règlement de comptes en mode autofiction contemporaine.

Quoi qu’il en soit, le film est merveilleusement intéressant, que ça soit pour en dire du bien ou du mal.

Il se regarde sans ennui, et était d’une envergure suffisante pour faire honneur à la cérémonie d’ouverture de Cannes.

De quoi ça parle ?

Une femme libertine victime de la vie et des hommes se voit propulsée favorite du roi Louis XV. (partie 1)

Elle va devoir s’intégrer et surtout survivre parmi les gens de la haute, alors qu’on lui renvoie sans cesse au visage sa condition sociale et ses mœurs dissolus. (partie 2)

Pourquoi voir ce film ?

Jeanne du Barry, c’est un peu la rencontre entre la Mélodie du Bonheur et Pretty Woman, on est dans le fantasme total.

Nous avons en protagoniste une prostituée qui a de la morale. Elle n’a pas envie de coucher, mon corps c’est mon corps, et autres. Mais, mine de rien, le sexe est son fond de commerce pour s’élever dans la société, en choisissant des amants toujours mieux placés. (Et puis bon, la galanterie n’est pas chose qui lui déplaît comme elle le dit elle-même.) Elle arrive au summum : pouf, elle se tape le roi de France. (qui avec son accent américain et son côté vieux bad boy rebelle, a plus un rôle de prince charmant) A ce moment là, une histoire d’amour merveilleuse commence entre les deux personnes qui se veulent plus modernes que le restant du monde. Exit les traditions, exit les convenances. (Mettez ici n’importe quelle autre idée moralisatrice, vous aurez sans doute juste)

Ainsi, Jeanne du Barry est un conte de fée rageux.

Toute la première partie consiste à croire Maiwenn lorsqu’elle minaude et que tout le monde tombe amoureux d’elle et ce n’est pas franchement le passage le plus intéressant du film. De même, les séquences « oui mais je suis maltraitée par les hommes, regardez je suis une victime » ont tendance à agacer plutôt qu’à entraîner de l’empathie, tant elles sonnent faux. On sent que Maiwenn a un message à faire passer et qu’elle y va avec l’artillerie lourde.

Par la suite, l’histoire s’améliore grandement car on oublie la phase séduction et on entre dans la phase « je dois rester en place à la cour contre vent et marée », et là, Maiwenn semble dépasser ses griefs personnels pour quelque chose de plus dramatisé et fictionnalisé : elle se met enfin à raconter une histoire. Et une bonne, une rivalité entre deux camps, particulièrement prenante jusqu’à la fin.

Ce que j’en retiens surtout : Johnny Depp réussit son grand retour au cinéma. Je l’ai trouvé merveilleux. (Au diable les histoires de crottes) Même avec son accent qui fait tout sauf roi de France, j’ai trouvé qu’il tenait le rôle d’une belle façon.

Deuxième grand rôle de ce film, Benjamin Lavernhe renvoie plus de lumière que tous les miroirs de la Galerie des Glaces. Il tient là une interprétation totalement convaincante.

Troisième grand rôle : le château de Versailles himself, qui a servi en partie de lieu de tournage. Sérieusement, la reconstitution des décors, l’aspect historique, les costumes, même la musique font qu’on se laisse vite emporter à une ancienne époque, oubliant presque que derrière ce faste, grandissait une révolte populaire dans un peuple mourant de faim. Je trouve ça étonnant de voir une histoire de royauté décrite sous un jour positif, où le souverain n’a pas un rôle de tyran.

(Je parle, je parle, mais c’est bientôt la séance d’après-midi !)

A bientôt pour un prochain article. =)

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