C’est la disette à Cannes. Dans le bon sens du terme cette fois.
La sélection de cette année nous propose de nous associer à un club de développement personnel dans un film vintage-futuriste (oui c’est possible) tout en douceur qui pourrait fortement faire repenser à Sans Filtre dans son cynisme, notre palme d’or 2022.
Vous voulez réussir dans la vie ? Vous voulez sauver la planète ? Arrêtez de manger. C’est possible, certains l’ont fait. Puisqu’on vous le dit.
A ne pas voir si vous vous pensez suggestibles, quant aux troubles de l’alimentation. Par ailleurs, on y vomit joyeusement. (Et on est très content.)
Catégorie Sélection officielle.

De quoi ça parle ?
De jeunes étudiants dans un lycée hors de prix ont besoin de points pour valider leur année.
L’établissement tente une nouvelle option ultra moderne : les cours pour apprendre à manger en pleine conscience.
La prof est une pionnière dans son domaine. Les parents l’adorent. La directrice suit déjà sa méthode minceur, drainante, ventre plat, corps de rêve pour cet été.
Voici comment se crée une secte, de sa première réunion à son explosion.
Pourquoi voir ce film ?
Parce qu’il est malin. Certains l’ont trouvé creux, facilement provocant et c’est vrai que le rythme est plutôt lent. Peu d’action, peu de rebondissement, le tout est prévisible dans son ensemble. C’est plus un long avertissement, avec son enfonçage de portes ouvertes, ce qu’on sait déjà, et ce que l’on découvre et qui est susceptible de nous surprendre.
Je pense que chacun va appréhender le film en fonction de sa propre histoire.
Pour ma part, j’ai été fasciné par le point de bascule. Ce moment où l’on se dit que l’on cesse d’adhérer au discours (convaincant au départ) parce qu’il commence à prendre un virage dangereux.
Puis l’accumulation de drapeaux rouges : l’isolement, le mensonge, le désintérêt pour tout autre activité, renoncer à ce qu’on appréciait jusqu’à présent, seuls les autres membres du club peuvent comprendre, toujours rester avec le même groupe, cacher l’existence du club.
Je trouve que la véritable habileté du film est d’avoir choisi un thème léger, alors qu’il aurait pu parler de n’importe quelle secte religieuse, ou transposer cette histoire à un groupe politique. Le danger survient de là où on ne l’attend pas. La recherche du bien-être devient un piège.
Côté interprétation, on retient moins les acteurs (peu charismatiques) que l’histoire de fond. A noter la présence d’un personnage gender fluid employé dans le récit avec tendresse et sans lourdeur. (C’est suffisament rare pour être salué, même si entre ça et les trigger warnings, on peut aussi reprocher au film de vouloir surfer sur les tendances actuelles pour conquérir son public.)
Côté décor, l’univers est graphique, avec ses propres notions de mode et d’esthétique. Ce qui peut rappeler un peu les pastels de Wes Anderson, ou l’univers particulier de Fahrenheit 451. Ou, en cherchant très loin, les maisons parfaites à la Edward aux mains d’argent. Bref, vous voyez l’état d’esprit. On est dans la caricature et la fiction.
Je sais que Club Zéro n’a pas gagné de palme. (Rien que ne puisse lancer Jane Fonda) Je sais qu’il s’est fait descendre par les critiques. (Coucou Télérama) Mais cependant, il a un truc.
Serait-ce de l’hypnose ? Je défie quiconque de voir ce film et de résister à l’envie de tester l’alimentation en pleine conscience, juste pour s’amuser. 🙂 Effet retors.
Si vous voulez, un court extrait est disponible sur le site du festival. Et bon appétit.
Retrouvez les précédentes chroniques du Festival de Cannes 2023 :
#01 Jeanne du Barry de Maiwenn
#02 The New Boy de Warwick Thornton
