Première projection pour la cérémonie d’ouverture du Reims Polar festival.
Au programme : un film hors compétition, déjà multiprimé au précédent festival du film américain de Deauville : prix de la critique, prix du public et grand prix.
Autant dire, du monde est venu pour voir ça. On a failli assister aux premiers crimes du festival directement dans la file d’attente, suite à un léger mécontentement de la foule, quand des rumeurs d’une salle complète ont jailli jusqu’à nos oreilles.
C’est toujours le petit côté stressant des séances les plus demandées, l’accès n’est nullement garanti et dépend du nombre de places libres après installation du gratin. Les spectateurs cinéphiles ne rentrent que s’il reste encore de la place.
On pourrait dire, c’est le jeu ma pauvre Lucette. On pourrait dire aussi, c’est toujours mieux qu’à Cannes, où là, il est quasiment impossible d’accéder aux séances souhaitées, même en étant accrédité.
Mais à Reims, un léger couac de priorisation est venu semer le trouble. Ceux qui avaient eu la bonne idée d’acheter un billet à la séance uniquement pour la cérémonie d’ouverture doublaient ceux qui avaient pris un pass pour la semaine.
Les pass festival qui permettent des tarifs avantageux et un accès illimité aux séances se sont donc vu relégués au second plan. Cela laisse entendre quelques stratégies d’adaptation à développer pour les futures éditions.
Petit coup d’adrénaline donc. Pile pour chauffer l’ambiance, avant le discours du major of Reims, et de l’incroyable Bruno Barde, directeur de festival, qui aurait aimé faire exploser l’applaudimètre autant que le toujours aussi formidable présentateur-traducteur-dont-j’ignore-le-nom.
On notera bien qu’il y a 20 nationalités représentées, pour une cinquantaine de films, info répétée à chaque prise de parole. :o) Et on attaque direct par les USA.

De quoi ça parle ?
Texas, cowboys, vastes étendues où l’on peut enterrer des cadavres et petites villes isolées où chacun souhaite gagner le respect de son prochain. Mais…
Ray est le cocu de la plus belle femme de LaRoy et il ne le supporte pas.
Les flics de LaRoy ne prennent pas Skip au sérieux quand il se présente en détective privé.
Harry, tueur à gages, a conduit jusqu’à LaRoy pour rien, son client lui ayant posé un lapin.
Ça ne se fait pas de manquer de respect aux gens.
Pourquoi voir ce film ?
Pour la croisée des chemins entre trois personnages et trois genres : western, comédie, thriller. J’ai cru que le jeu d’équilibre allait se vautrer, mais non. Les codes sont respectés : on rigole (souvent), il y a des morts et une enquête, et ça sent bon l’Amérique sur tous les plans.
Shane Atkinson, qui est à la fois le réalisateur et le scénariste du film, a réussi à fouiller la psychologie de ses personnages, bien que cela ne soit pas un indispensable des films noirs. Le casting est composé d’acteurs habitués souvent aux personnages secondaires, et c’est donc une belle occasion pour eux de passer au premier plan.
Il y a aussi deux trois trucs niveau scénario qui m’ont un peu… intrigué.
Ce sont des points d’écriture qui sont souvent déconseillés aux auteurs, à cause de leur aspect casse-gueule. Mais comme tout est permis et que l’on peut tout essayer, LaRoy est un bon exemple de rupture avec les conseils dramaturgiques :
- Le film repose sur trois personnages antipathiques. Soit ils sont méchants et on les déteste, soit ils sont pathétiques et au mieux on a envie de les secouer, au pire, on se moquerait volontiers de leurs déboires.
Le choix est osé, d’autant que le film aurait pu leur offrir une progression, une prise de conscience et une modification de leur personnalité au fil des événements, mais ce n’est pas le cas. Chacun reste lui-même, fidèle à ses convictions jusqu’au bout, et… malgré tout, ça fonctionne.
- Les péripéties du film se construisent presque toutes sur des hasards de la vie. Des rencontres, bonnes ou mauvaises, des « oh je me souviens de toi » peu crédibles, entre deux personnages qui peinent à se remémorer ce qui les réunit. Des « j’étais là pour autre chose, mais j’ai vu ça et j’ai pensé à toi. » Des preuves compromettantes, perdues par malchance sur une scène de crime…
Même lorsqu’un personnage tente volontairement une action, la réussite ou l’échec semble déterminé par un jet de dés.
Tant et si bien qu’à la fin du film, quand les personnages décident de la conduite à tenir, ils paraissent bien peu convaincants.
LaRoy se nourrit donc de ses antihéros, de sa quête (vaine) de moralité empreinte de naïveté, et d’un esprit parodique présent sur tout le film, où les fantasmes de shérif sont incarnés par un mec qui semble avoir dix ans dans sa tête.
- Dernier point, le film se construit beaucoup sur des dialogues, à en devenir parfois très répétitif. Souvent, les personnages se posent dans une voiture et papotent. Puis ils vont voir un personnage secondaire, et papotent encore. Beaucoup de conversations (avec des rebondissements intéressants), mais peu d’action.
Comme on le dit parfois, parler c’est aussi agir… Mais le film aurait gagné à être moins bavard, afin d’accélérer le rythme.
Néanmoins, on y passe un bon moment et on rigole bien, le contrat de divertissement est donc rempli. 🙂
Le festival du film policier est officiellement lancé.
A bientôt pour le deuxième film du Reims Polar 2024 !
