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Festival de Cannes 2022 #03 – Holy Spider de Ali Abbasi

Deuxième film que je vois en sélection officielle, mes préférés.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’esprit du festival, il existe différentes catégories et différentes compétitions parallèles, semaine de la critique, quinzaine des réalisateurs, courts-métrages, etc… Celle que je fréquente le plus, hormis la sélection officielle est la sélection « un certain regard », dont je vous parlais hier, avec des films souvent hors normes, pas toujours très marrants à regarder, mais qui ne laissent pas indifférents.

Il y a aussi Cannes Première, dont je n’ai jamais vraiment compris le principe. A chaque fois, le film nous est présenté avec un petit discours du genre « oh mais quelle pépite nous vous avons trouvé ! » et à chaque fois (jusqu’à présent), j’en sors déçu. (Allez-y, faites moi mentir, il y a un Sorogoyen au programme cette année, et je l’aime bien lui.)

Après, vous avez les Cannes Classics, souvent des films d’exception restaurés, les séances de minuit (pour les insomniaques), le cinéma de la plage tout public, et les hors compétition, c’est à dire de potentiels blockbusters en avant-première, souvent français ou américains. Tout, sélection officielle et autres, peut coller à l’étiquette de « film d’auteur », c’est à dire que vous avez peu de chances de les retrouver au programme de vos cinémas habituels, sauf s’ils reçoivent un prix. (Ou si le casting/le réalisateur sont connus) (Ou si votre cinéma a bon goût/est un peu fou.)

Autre caractéristique des films cannois, presque toutes catégories confondues, ils sont looongs. Mais interminablement longs. Genre, vous n’avez que des films de 2h30 si ce n’est 3 heures, et les films de moins de 2 heures font office de rebelles.

Avec Holy Spider d’Ali Abbasi (« Les nuits de Mashhad » en français), d’une durée de 1 heure et 56 minutes, on pourrait presque dire que le réalisateur a voulu écouter les suppliques discrètes formulées par les spectateurs à la sortie des salles. Ca fait plaisir, et c’était d’autant plus essentiel qu’il s’agit d’un thriller, donc rythme soutenu requis.

Admirez cette affiche provoc’.

Holy Spider d’Ali Abbasi

De quoi ça parle ?

En Iran, dans la belle bourgade de Mashhad, un tueur en série mène une guerre sainte contre les prostituées de la ville.

La police ne fait rien, ce justicier-nettoyeur que l’on surnomme « le killer araignée » les arrange bien. Après tout, il lutte contre la dépravation des mœurs. (Spider-man, spider-man…)

Mais une journaliste est sur le coup. Une femme qui fume avec tous les hommes et qui n’hésite pas à fréquenter les rues la nuit pour chopper ce salopard. Va-t-elle réussir à l’arrêter ?

Pourquoi voir ce film ?

Vous en connaissez beaucoup des films iraniens avec des putes dedans ? Moi non. Que ça soit la filmographie d’Asghar Farhadi (Everybody knows, Un héros…) ou Saeed Roustaee (La loi de Téhéran), j’avais eu l’impression que le cinéma iranien se voulait certes dur, mais prude à cause d’une possible censure. Surtout avec les personnages de sexe féminin qui sont tenus de se faire discrets à l’écran.

J’ai été bluffé par le caractère osé de ce film, qui ne lésine pas sur la violence ou sur le sexe explicite. C’est cru. Les films américains paraissent même sacrément soft, en comparaison. Quelques personnes ont quitté la salle au bout d’une demi-heure, sans doute en partie à cause de cela.

A noter également, le point de vue narratif d’une femme journaliste, véritable héroïne féministe dans cet univers d’hommes.

Précisons que le réalisateur Ali Abbasi est iranien d’origine et a vécu de nombreuses années en Iran, mais il vit et travaille aujourd’hui au Danemark où il est en relative sécurité. Par contre, il a confié être inquiet pour les acteurs de ce film qui vivent en Iran et pourraient être malmenés suite à ce tournage, qui a eu lieu quant à lui en Jordanie, puise en Turquie, puis avoir fait l’objet d’un blocage par le gouvernement iranien, re-en Jordanie. En définitive, le tournage aura été éclair en 35 jours et aura été ponctué d’incidents, entre covid19 et abandon de rôle par un acteur.

Si le film a fait l’objet de quelques obstacles en raison de son sujet, il s’agit pourtant d’un récit adapté d’une histoire vraie (encore une, c’est la troisième histoire vraie que je vois en moins de trois jours), celle de Saeed Hanaei qui a assassiné dans les années 2000 pas moins de 16 travailleuses du sexe. Holy Spider est le troisième à s’inspirer de ce fait divers, après le documentaire And Along Came a Spider de Maziar Bahari et Killer Spider de Ebrahim Irajzad.

Holy Spider est donc un thriller assumé, lent et sirupeux (par rapport aux formats américains), basé sur un « duel » entre deux adversaires. La réalisation est extrêmement propre et plaisante. (Hormis quelques facilités d’effets sonores dont le film aurait pu se dispenser) Le scénario parait un peu cadenassé par l’histoire réelle de Hanaei et le suspense en souffre. L’identité du coupable est révélé dès les premières minutes. Ce qui compte en définitive, c’est de savoir si la société iranienne acceptera de le juger, plutôt que de l’applaudir. Le tribunal populaire pourra-t-il peser dans la balance ? Que faire d’un criminel que la société élève au rang de héros ? Et que faire d’une société qui trouve normal de tuer les femmes jugées de « mauvaise vie » ?

Ce sont les questions du jour. =)

Si, comme moi, vous connaissez mal le cinéma iranien et vous voulez en savoir plus, il existe un chouette article wikipédia à ce sujet.

(BREAKING NEWS, JOIE TOTALE, ce film a reçu le prix d’interprétation féminine grâce à son actrice Zahra Amir Ebrahimi !)

A bientôt pour de nouveaux articles !

Retrouvez les précédentes chroniques du Festival de Cannes 2022 :

#01 Triangle of sadness de Ruben Östlund

#02 Plan 75 de Chie Hayakawa

5 commentaires sur « Festival de Cannes 2022 #03 – Holy Spider de Ali Abbasi »

  1. Très bonne année pour le cinéma iranien avec cet ‘Holy Spider/les Nuits de Mashhad’ et également ‘Leila et ses frères’, qui passe sans problème malgré ses 2H40.
    A propos de la place des femmes dans la société iranienne, il faut absolument découvrir le cinéma du génial Jafar Panahi, toujours interdit de sortie du pays et même de tournage par les autorités !

    Aimé par 1 personne

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