L’interview-monstre n° 5

Treize questions à l’auteur Gaëlle FONLUPT

Le poète allongé de Marc Chagall

Ce weekend, j’ai eu comme une légère envie de peinture.

Peut-être à cause de tous ces musées tristement fermés, de ces cinémas interdits… Heureusement, les livres nous offrent encore matière à évasion. 

C’est dans ce contexte que j’ai trouvé mon parfait remède à cette époque trouble. Un bouquin assez intense, avec un lapin blanc qui se cache dans le coin gauche de la première de couverture. Et sur le mur du fond plein de fêlures, un terrible cadran de chronomètre. Lisez ce livre, vous comprendrez tout. 

Son titre : Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall de Gaëlle Fonlupt.

On pourrait le classer en littérature blanche ou/et en littérature colorée et chatoyante. C’est un roman complexe, sensible, doux et violent à la fois. Bref… Une belle lecture quoi. 

À travers ces pages, deux histoires s’entrelacent : celle de Louiza, photographe aux fortes convictions humanitaires éprise d’un jeune et arrogant diplomate nommé Nils. Et celle de Lou, hospitalisée en service psychiatrique, elle-même ne sait pas vraiment pourquoi.

Tantôt romantique, tantôt dramatique, personne ne pourra rester indifférent à leur parcours.

Trois bonnes raisons de découvrir ce bouquin :

Raison n° 1 : Si vous en avez assez d’être enfermé, voici un livre qui va casser votre isolement. (Non, je n’exagère pas.) Certes, Lou est confinée dans sa chambre, mais peu à peu, son horizon va s’élargir dans une formidable quête de liberté. Quant à Louiza, elle vous emmènera dans les plus belles régions du monde : Hanoï, la Bretagne, Malte, le Mont-Saint-Michel, les châteaux du Languedoc comme si vous y étiez. Vous sentirez les parfums du marché, les embruns de l’Atlantique, votre peau cuisant sous le soleil, c’est promis.

Raison n° 2 : « Rêve ta vie en couleur, c’est le secret du bonheur… » chante-t-on au Pays imaginaire. Louiza et Lou vont vous apprendre à tout percevoir autrement, à travers des filtres colorés. Elles vous parleront du blanc, du noir et de l’outrenoir, du bleu des amants et du vert abominé des artistes. En refermant ce livre, vous serez beaucoup plus attentif à votre quotidien. Redécouvrez les couleurs du monde ! Ceci est un bouquin pour ouvrir les yeux.    

Raison n° 3 : Des bonnes raisons, j’aurais pu vous en citer bien plus. Mais puisque je me restreins à trois, en voici une qui me plaît beaucoup. Ce livre comporte quelques énumérations de moments heureux, un peu comme la liste des « choses qui font battre le cœur » de Sei Shônagon (Notes de chevet). Vous voulez retomber en enfance ? Très bien. Prenez un des inventaires dressés par Louiza et Nils et rêvez avec eux à tous ces petits riens que l’on a tous connus un jour :

« […] les animaux dans les nuages, les madeleines et les fées, les jeux innocents sans être sages, les chocolats chauds et les tartines beurrées, la langue du soleil dans les feuillages et les baisers du soir déposés sur le front en point d’orgue d’une berceuse ou d’une histoire de chevalier. » 

Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall de Gaëlle Fonlupt

D’autres sur d’autres thèmes se cachent dans le récit. Venez voyager à travers le temps et les souvenirs heureux.

D’abord au commencement était le pitch :

« Lou est hospitalisée en psychiatrie. Elle ne sait ni pourquoi, ni comment elle est arrivée dans ce lieu où « l’humanité a été avalée par les horloges ».

Louiza, a tout quitté pour se consacrer à la photographie. À Hanoï elle rencontre Nils, jeune homme ambitionnant de devenir diplomate. Tout les sépare et pourtant cette rencontre marque le début d’une histoire qui, du Vietnam à Paris en passant par la Bretagne et Malte, les conduira au cœur d’une nuit qui fera basculer leurs vies.

 Cinq années séparent Lou de Louiza. Cinq années que la mémoire de Lou a effacées et que le lecteur va redécouvrir avec elle. Avec les tableaux de Chagall en toile de fond, se dessine un parcours initiatique et poétique dans un univers à fleur de peau où les émotions se mélangent au gré des révélations.

 Ce roman offre une réflexion sur l’altérité, la normalité, l’enfermement, la résilience et explore la frontière entre passion amoureuse et folie. »

Pourquoi ce livre dans ma Monstrothèque ?

Alors oui, ceci est également une histoire de monstres, mais narrée avec une bienveillance extrême.

À l’hôpital psychiatrique, Lou dresse de nombreux portraits de « fous », ou du moins, c’est ainsi que les bienportants pourraient les considérer. Différentes psychopathologies sont décrites, sans toutefois tomber dans des explications cliniques. Lou ne parle pas avec la science, mais avec son cœur.

« La psychiatrie, cette psychiatrie-là de l’enfermement et de l’inactivité, crée ses propres monstres. »

Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall de Gaëlle Fonlupt

Toujours en est-il qu’il s’agit d’une galerie, et comme Louiza prend plaisir à voyager de tableau en tableau de Chagall, nous avons nous aussi notre lot de personnages à étudier : Julien, Tinang, Ileana, Étienne, Élodie, Van Gogh (pas Vincent, Kévin.)

Il y a encore les ombres et souvenirs qui planent autour d’eux : Jetedis et ses impératifs, les strigoi vampires de l’est, Nertété le village fantôme du Darfour.

En hôpital psychiatrique, Lou nous raconte que même les soignants se transforment presque tous en monstres. Ce ne sont plus des êtres humains puisqu’ils sont dépourvus d’humanité. Ce sont des bêtes, courant sans cesse après le temps et la rentabilité. 

« Du coin de l’œil, elle voit les lapins blancs passer dans le couloir, armés de seringues, poussant leurs chars de médicaments. »

Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall de Gaëlle Fonlupt

Monde effrayant, s’apparentant plus au registre militaire qu’à celui de la santé.

Voilà pour cette introduction. J’ai proposé à Gaëlle Fonlupt de répondre à quelques questions à propos de son livre, ce qu’elle a gentiment accepté.

Q : Bonjour, Gaëlle, pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, je vous laisse nous présenter votre parcours en quelques mots. =)

Gaëlle Fonlupt : J’ai 40 ans et suis maman de deux enfants. J’en suis à ma troisième reconversion professionnelle. Après avoir travaillé dans l’humanitaire, à l’hôpital et dans une juridiction, je suis aujourd’hui sur un nouveau départ. L’écriture est la seule toile de fond permanente dans cette succession de changements. L’écriture a été un refuge très tôt. Un cocon, un exutoire, un horizon.  J’aime lire, écrire, la randonnée, jouer de la clarinette, découvrir de nouveaux pays, raconter des histoires à mes enfants et les voir grandir. Je ne supporte pas la routine et les choses qui meurent.

Q : Pour commencer, j’ai une question qui me titille depuis la fin de ma lecture. Le roman développe en parallèle deux histoires, celle de Louiza la romantique et celle de Lou la patiente en psychiatrie. Laquelle des deux est venue la première à votre imagination ?    

Gaëlle Fonlupt : Elles sont indissociables pour moi. Je suis spontanément plus proche de Louiza, mais étrangement j’ai d’abord écrit sur Lou, je l’ai imaginée, elle, peut-être comme un exutoire, je l’ai habitée de mes angoisses latentes. Ça coulait tout seul quand j’écrivais les scènes en psychiatrie peuplées de ses démons intérieurs.

Q : Au Vietnam ou en Bretagne, Louiza nous montre que peu de choses l’effraie, et surtout pas l’aventure. Lou, au contraire, vit dans l’angoisse permanente de ses loups intérieurs. Comment avez-vous procédé pour relier entre elles les deux facettes opposées de votre narratrice ?

Gaëlle Fonlupt : C’est cela qui m’intéressait justement : montrer que même une personne que l’on dit forte, libre courageuse peut être fragilisée voire brisée par certains événements et a contrario que les fêlures et émotions exacerbées ne sont pas nécessairement signes d’une faiblesse ou d’une anomalie et peuvent s’avérer être une force, un tremplin, une source de résilience. J’aime l’idée que l’on est plus fort en acceptant ses faiblesses, en admettant ses fragilités, en acceptant ses émotions. De même qu’il n’y a pas courage sans peur (seulement de l’inconscience), il n’y a pas de véritable force sans une fragilité surmontée. J’aime les être complexes et l’ambivalence qui nous habite tous.

Q : J’ai eu l’impression que chaque phrase de votre roman s’apparentait à de la poésie en prose, effet renforcé par les citations et divers extraits de poèmes des débuts de chapitre. Cette poésie, est-ce la marque de votre narratrice, ou plutôt la vôtre en tant qu’auteur, qui s’exprime à travers elle ? 

Gaëlle Fonlupt : Question difficile : indirectement que met-on de nous dans nos personnages… ?  La poésie a été mon premier refuge d’écriture. C’est par là que j’ai commencé. Il m’a toujours semblé plus facile de dire certaines choses avec de la poésie. C’est une accoucheuse d’émotions, d’inconscient. Je crois que l’on peut explorer beaucoup de plus choses, creuser davantage avec de la poésie. Ça va chercher au fond du ventre et quand elle est écrite avec les tripes, elle peut parvenir à parler au même endroit chez le lecteur. C’est ça mon rêve : m’adresser au ventre du lecteur.

« Le bleu des rideaux transforme la chambre en fond sous-marin, à l’abri des vagues et du chaos de la surface. Nous nageons dans le bleu. Un bleu enfantin, irréel, éclatant. Ce bleu avec lequel Chagall a peint les amants. »

Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall de Gaëlle Fonlupt

Q : L’influence des peintres est partout dans ce récit. Marc Chagall bien évidemment, mais il n’est pas le seul à être cité. Qu’est-ce qui vous a donné envie de présenter cette histoire à travers des couleurs et des tableaux ?

Gaëlle Fonlupt : En fait, je voulais écrire sur la folie et ses frontières jamais définies, sur la psychiatrie et ses errances, mais l’idée de la construction de ce roman est née de d’un tableau de Chagall (les ponts de la Seine, 1954) qui me bouleverse à chaque fois que je le vois. Il me fascine et j’ai voulu imaginer l’histoire de ces deux amants bleus qui semblent dormir dans le lit de la Seine, de cette madone écarlate qui s’envole dans le ciel de Paris avec un nourrisson sur son sein. Plus largement, sur l’omniprésence de la peinture, je crois que c’est surtout une omniprésence de couleurs, mais aussi d’odeurs, de goûts et de touchers. Ça correspond à ma façon d’être au monde. Je suis hypersensible et avec des sens exacerbés. J’ai une appréhension sensorielle et émotionnelle des choses. J’aime l’idée d’emmener le lecteur dans mon monde. De lui faire ressentir les choses plutôt que les lui faire penser.

Q : Le roman joue parfois avec les codes du genre policier, entre fantasmes de meurtre et ricochets dans la réalité. Est-ce qu’à un moment donné, cette histoire a failli basculer de la littérature blanche à la littérature noire ?

Gaëlle Fonlupt : Il est à la frontière, c’est vrai. Il aurait effectivement pu appartenir à la littérature noire, certains ont même dit qu’il était à la frontière du thriller psychologique. Mais il n’adopte pas les codes du genre et je ne voulais pas que ce roman soit classé en noir car, pour moi il est avant tout porteur d’un message d’espoir.

« Je te préviens, si tu me quittes, je découpe l’intérieur de tes cuisses pour garder mes clairières : c’est mon territoire ! »

Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall de Gaëlle Fonlupt

Q : Dans la galerie de personnages à l’hôpital psychiatrique, certains patients paraissent plus clairvoyants que le personnel soignant. Est-ce un moyen d’inverser les rôles ? De dire que les malades n’en sont pas vraiment, et que le monde extérieur est devenu complètement fou ? ^^ 

Gaëlle Fonlupt : Plus clairvoyants je ne sais pas. Ce qui m’intéressait c’était de montrer la psychiatrie à travers le ressenti d’une patiente. D’essayer d’interroger cette frontière entre normalité et folie/ pathologie. C’est quoi être normal ?  Certains patients en psychiatrie sont confrontés à des mois voire des années d’errance diagnostique et thérapeutique et on les enferme parfois dans des cases trop vite. Nous sommes dans une société qui « pathologise » tout, qui stigmatise la différence, ostracise celui qui n’est pas dans le moule, qui ne se donne ni le temps, ni les moyens de comprendre et d’accompagner.

Ce que je voulais également montrer c’est que les soignants sont également victimes d’un système à bout de souffle et d’une maltraitance qui devient institutionnelle faute de moyens.

Q : Les réactions des lecteurs ont nécessité l’ajout d’un addendum pour expliquer que le récit de Lou — choquant, à propos des soins en psychiatrie — se nourrissait de votre expérience professionnelle et de votre vécu. Néanmoins, vous précisez vous être permis quelques libertés par rapport à la réalité. Avez-vous noirci le tableau, l’avez-vous nuancé ou plutôt éclairci ? 

Gaëlle Fonlupt : Je n’ai rien noirci, malheureusement. Chaque scène est inspirée d’un fait réel. Ce qui amplifie le phénomène, c’est qu’il est vécu de l’intérieur, avec les yeux d’une patiente et ses ressentis.

La psychiatrie de l’enfermement est intrinsèquement maltraitante et génère des souffrances tant chez les patients que chez les soignants. On ne soigne pas en enfermant. C’est même tout le contraire. N’importe qui deviendrait fou livré à l’ennui entre quatre murs. Le confinement nous l’a montré.

« Ça fait peur les fous. Ils ont des miroirs dans les yeux et personne ne veut se voir dans ces miroirs-là. »

Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall de Gaëlle Fonlupt

Q : Le ton du roman m’a paru assez engagé. Derrière l’histoire principale se cachent quelques remarques et critiques sur des thèmes contemporains comme le végétarisme, l’avortement, l’impact du tourisme, le milieu judiciaire français. Lou et Louiza se plaignent à plusieurs reprises du manque d’humanité dans les rapports humains.   

Cela m’a fait songer aux vieux débats philosophiques sur le caractère utile ou inutile de l’art… Pensez-vous pour votre part important que les romans aient un message moral à transmettre aux lecteurs ?

Gaëlle Fonlupt : Il n’y a pas de vérité en la matière. A titre personnel je trouve que l’art est un puissant vecteur de messages. Camus est pour moi en la matière un véritable maître. Je ne me situe pas spécifiquement sur le terrain moral, mais j’aime l’idée que mon roman puisse faire passer un message. Donner à voir, sans juger, mais en suscitant une émotion suffisante pour amener le lecteur à avoir une réflexion sur ces sujets. J’essaye en tout cas…

Q : Le thème de la maternité revient par le biais de différentes variations au cours du récit. Par les sujets abordés, par le background de la narratrice, par les développements de l’intrigue, ou même par des détails secondaires symboliques, comme l’achat d’un ancien orphelinat en Bretagne par Louiza et Pierre, la vente des photos au profit de l’orphelinat au Vietnam. Pourquoi avoir choisi ce fil conducteur ? 

Gaëlle Fonlupt : Oui, c’est vrai, c’est un thème qui m’est cher. La capacité qu’ont les femmes à donner la vie ou à la refuser leur confère une responsabilité immense. C’est quelque chose de fascinant qui peut engendrer des joies intenses ou des traumatismes profonds. C’était important pour moi d’explorer, au-delà de toute considération morale ou idéologique, les incidences émotionnelles et psychologiques de la maternité ou de la non-maternité.

Q : Ce roman a déjà été autopublié une première fois en 2020 sous le titre « Je voulais vivre dans un tableau de Chagall ». Pour cette republication aux éditions d’Avallon, vous avez indiqué avoir retravaillé et complété votre histoire. Pourquoi cette réécriture ? 

Gaëlle Fonlupt : En fait il n’a pas à proprement parler été autopublié. J’ai simplement soumis en mars dernier le manuscrit au concours Kobo / FNAC  les Talents de demain dont il a été finaliste. Je l’avais écrit très vite, en moins de six mois et la version soumise au concours était vraiment un premier jet, mal dégrossi, trop fragile pour être publié en l’état. J’ai laissé reposer deux mois et je l’ai repris durant l’été 2020 avant sa parution aux éditions d’Avallon en décembre 2020.

Q : Quels monstrueux projets nous réservez-vous pour l’avenir ? Il parait que vous êtes sur le point de terminer l’écriture d’un nouveau roman ? ^^   

Gaëlle Fonlupt : En fait je suis en panne sur mon deuxième roman, la faute à une sorte de baby blues suite à la sortie du premier. Par contre j’ai eu envie et besoin de retrouver la poésie et je suis en train d’achever l’écriture d’un recueil.

Q : Et pour finir, l’affreuse question ! Si vous deviez choisir un livre ou film à placer sur une étagère de la Monstrothèque, lequel et pourquoi ?

Gaëlle Fonlupt : Qu’elle est dure cette question ! Je dirais Belle du seigneur d’Albert Cohen, parce que ce livre fut pour moi une révélation littéraire, tant stylistique que sur le fond. Il y a tout l’amour dans ce livre, du grotesque à l’éthéré, des considérations les plus triviales au plus belles envolées lyriques, du pathétique au sublime. Un idéalisme fracassé sur les vitres de la réalité. C’est à la fois cru et enivrant, dur et drôle, beau et violent. Une bible amoureuse.

Un grand merci à Gaëlle Fonlupt pour sa participation !

L’ouvrage Elle voulait vivre dans un tableau de Chagall, paru en décembre 2020 est disponible un peu partout. Vous avez sur le site web des éditions d’Avallon diverses méthodes pour vous le procurer en format papier ou ebook.

Le roman pèse 308 pages. Il s’adresse à tout public, en particulier ceux qui apprécient les jolis mots, les textes engagés, les réalités crues et les histoires d’amour.

Si vous souhaitez découvrir Gaëlle Fonlupt, ses insta poésies et ses lectures coup de cœur, voici sa carte de visite :

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