Film : Game Night de Jonathan Goldstein et John Francis Daley

D’après un scénario de Mark Perez

Jeux-monstres, jeux de l’horreur

Les rediffusions humoristiques en période de confinement auront scellé le sort de cet article.

Vous auriez pu lire une analyse tout en smoking queue de pie mouchoir blanc sur un film vraiment bien. À la place, c’est l’heure du terrible… nanar.

Buahahaha !

Game Night donc. Thriller parodique sorti au cinéma en avril 2018, assez bien noté par la presse et les spectateurs pour son côté absurde et ses gags en cascade.

Lâchez les pions, battez les cartes, lancez les dés… rien ne va plus.

« Ce soir, notre soirée jeu va monter en puissance. À un moment, quelqu’un dans cette pièce se fera enlever et les autres devront le retrouver. Celui qui retrouve la victime gagne le premier prix de la soirée jeu. Vous ne saurez pas si vous êtes dans la fiction ou la réalité. »

Game Night de Jonathan Goldstein et John Francis Daley

Le pitch :

Une bande d’amis se réunit une fois par semaine pour s’affronter à des jeux de société.

(Diantre, que c’est palpitant.)

Si vous voulez tout savoir, vous allez rencontrer :

  • Un couple qui essaie désespérément d’avoir un enfant,
  • Un couple qui se chamaille inlassablement à propos d’une lointaine adultère,
  • Un couple first dating mal assorti qui n’arrête pas de s’engueuler,
  • Un flic antipathique et son chien antipathique,
  • Un frère, riche et puissant, belle baraque, jolie voiture, bref, qui rend jaloux tout le monde.

(Enfer sanglant, que c’est stéréotypé.)

Mais un soir pas comme les autres, l’un d’entre eux décide d’organiser une murder party géante animée par des acteurs professionnels et lors de laquelle un malheureux participant sera enlevé, torturé et zigouillé.

Sans surprise et puisqu’il faut un élément déclencheur, le jeu va dégénérer.

« — Le premier qui nous suit, je lui colle une balle !

— OK bien reçu, soyez prudents sur la route. »

Game Night de Jonathan Goldstein et John Francis Daley

Paires imparfaites

Côté personnages : nos couples narrateurs nous présentent un récit choral gentil jusqu’à ce que les trois groupes se rassemblent en un seul.

Les variations dans les tandems permettent de développer la thématique de l’amour conjugal avec une finesse relative… que même Milan Kundera et son Insoutenable légèreté de l’être applaudirait des deux mains en rotant.

Autrement dit, le propos est lourd, parfois très très lourd. Les clichés sont nombreux (« dis-moi avec qui tu as couché ? » / « oh oui faisons un millier d’enfants », etc… ), mais ils ont un but assumé : nous faire rire.

Nos couples à l’écran se disputent et se réconcilient, attirant ainsi notre sympathie.

J’ai beaucoup apprécié la prestation de la merveilleuse Rachel McAdams que l’on observe souvent dans des rôles plus secondaires. (Doctor Strange, Spotlight, Minuit à Paris, les Sherlock Holmes de Guy Ritchie)

Mention spéciale également pour Jesse Plemons dans son tout petit rôle du flic antipathique, mais que vous avez déjà pu voir dans plein d’autres bons titres. (Strictly Criminal, Le Pont des espions, Pentagon Papers, Hostiles, Barry Seal, Vice, The Irishman…) 

Côté intention scénaristique : on louvoie sur du bicéphale, là aussi, le film étant à la fois un thriller et une comédie. Toutefois, les deux aspects pris indépendamment ne fonctionnent guère.

Un thriller ? Oui, mais l’intrigue est ultra bateau. (Et plutôt du genre bateau qui coule, après avoir trinqué avec un iceberg.) Comme on ne peut pas décemment tuer nos bras cassés de personnages principaux, les gros méchants sont de pacotille. La preuve : lorsqu’on leur demande de se coucher à terre, de lever les bras, tout en baissant leur tête et en adoptant la position yogique du cygne… eh bien, ils s’exécutent sans protester.

Une comédie ? Les répliques échangées sont drôles, oui. Certaines séquences, comme celle où ils sauvent le plateau de fromages plutôt que leur meilleur ami, resteront mémorables. Mais après… Le film s’étire, fonctionne toujours sur les mêmes blagues, et ce qui faisait rire la première demi-heure lasse à la dernière. (Vous retrouverez d’ailleurs le best of des scènes cultes dans la bande-annonce française, tout est dedans, plus besoin de voir le film.)

Mais ce n’est pas grave, on passe quand même un bon moment avec l’effet de surprise, au moins lors d’un premier visionnage. Je certifie ce film apte à vous aider à descendre un pot de popcorn et à égayer votre soirée.

« J’ai toujours aimé les jeux de société entre amis avec leur mélange de camaraderie et d’esprit de compétition. »

Game Night de Jonathan Goldstein et John Francis Daley

Jeux miniatures et grandeur nature

À plusieurs reprises, vous verrez à l’écran des transpositions de jeu de société en leur équivalent made in reality.

Par exemple, vous pourrez mirer une partie passionnante de Jenga autour d’un canap’, et l’instant d’après, observer un des personnages concrétiser une tour immense brinquebalante pour essayer d’atteindre la fenêtre située beaucoup trop haut pour ses petites jambes.

Vous aurez le droit au traditionnel jeu de mimes, et ensuite, la même version « JE COMPRENDS PAS CE QUE TU DIS, VAS-Y MIME ! » alors qu’un tueur sanguinaire arrive en courant vers héroïne n° 1.

Vous avez l’évocation du Fight Club (dont il est interdit de parler) et la rencontre avec le « vrai » Fight Club…

Le slogan publicitaire « vous ne saurez jamais s’il s’agit d’une fiction ou non » s’adresse à nous autant qu’aux personnages, c’est un avertissement pour aiguiser notre esprit critique et prendre du recul sur ce qui nous est raconté.

Habituellement au cinéma, on vous invite à « rentrer dedans » et à vous immerger dans l’univers du film. Cette fois, c’est le contraire, on compte sur le fait que vous restiez à l’extérieur aussi sagement que devant un bocal de poissons rouges.

C’est ainsi que le spectateur peut s’amuser des private joke des scénaristes, tandis que les personnages vont galérer sans réaliser les différentes mises en abime ni l’ironie dramatique de la situation.

Jamais ils ne riront de ce qu’ils sont en train de vivre. Vous, si. Parce que vous savez qu’en définitive, ils sont manipulés pour votre bon plaisir.  

Je regrette à ce sujet l’absence d’interactions entre le film et le spectateur. Là où Inception, Memento, Tenet nous poussent à « jouer et cogiter » pour comprendre l’histoire, Game Night nous laisse tristement dans notre rôle d’observateur, sans nous proposer de participer.

C’est peut-être le « truc » qui manque pour rendre ce film intéressant.

« C’est des instructions qui disent comment enlever une balle. Il n’y avait plus d’alcool à 90° alors j’ai pris cet excellent Chardonnay. »

Game Night de Jonathan Goldstein et John Francis Daley

Rire de tout

Si vous aimez les films parodiques, celui-ci présente tout de même quelques qualités certaines.

La parodie se définit comme une « déformation grotesque » d’un sujet sérieux. Par exemple, si vous affectionnez les parodies policières, vous trouverez bonheur avec La Cité de la peur. Si vous raffolez des agents secrets, regardez OSS 117. Si vous voulez détourner un film d’horreur, essayez les Scary Movie plus gras que drôles.  

Dans Game Night, vous retrouverez des éléments clefs du film d’horreur réadaptés pour faire rire :

  • Le couteau de cuisine hyper pointu,
  • Le cadavre dans le salon,
  • Des gros plans sur un visage mutilé,
  • Des plaies diverses recousues à la va-vite,
  • Un usage de l’hémoglobine très intense,
  • Des personnages enfermés qui tentent de s’échapper par des issues inaccessibles,
  • J’ai même cru voir des espèces de poupées de bébés aussi moches que monstrueuses

Pareil pour le détournement de scènes clefs des films d’action :

  • Rentrer chez quelqu’un de toute urgence avant que le portail ne se referme,
  • Arrêter un avion en train de décoller,
  • Le bar sordide, avec un interrogatoire musclé dans la pièce du fond,
  • Les agents du FBI avec des lunettes noires même la nuit,
  • Des courses-poursuites en veux-tu en voilà…
  • Des pistolets et flingues divers, certains vrais et d’autres faux.

Bref, la recette est simple : on prend les plus gros clichés appartenant à chaque genre cinématographique et on change le contexte de leur utilisation. Le décalage provoque les rires.  

On aurait pu aller plus loin et inviter Game Night à être sa propre parodie de film de jeu… mais non. N’en demandons pas trop quand même, relâchons deux minutes les zygomatiques.

« Ça a l’air tellement vrai ! »

Game Night de Jonathan Goldstein et John Francis Daley

Parlons monstres

Ahah, voilà où je voulais en venir. Il existe un monstre très employé dans de nombreux films, et en particulier dans les thrillers option angoisse : c’est le monstre du jeu qui prend vie.

Imaginez : « Le MORPION de l’enfer, la BATAILLE NAVALE de l’extrême, le TAROT de l’apocalypse ! ».

C’est très sérieux.

Ne me demandez pas si le monstre du jeu qui prend vie est humain ou abstrait, d’infinies possibilités existent.

Le monstre-jeu (appelons-le comme ça pour gagner du temps) est un antagoniste efficace, car il entre sournoisement dans le cocon familial. C’est parfois même un cadeau que l’on vous offre. Un peu comme le cheval de Troie fut offert aux Troyens.

Vous décidez de tester le jeu, de lancer juste une innocente partie. Souvent, tout démarre d’une manière tout à fait normale et bienveillante. Vous êtes là, entouré de vos proches, de vos amis et de vos enfants et couic. La partie cafouille, les gens hurlent des « NOOON ÇA N’EST PAS POSSIBLE » des « OOOH JE CROYAIS QUE CE N’ÉTAIT QU’UN JEU ! » et autres insanités.

Vous basculez de l’ordinaire vers l’extraordinaire et — très paradoxalement — de la jolie fiction à la cruelle réalité.

Vous perdez le contrôle. Vous devez suivre des règles imposées par d’autres pour survivre. En qualité de joueur, vous abandonnez votre humanité. Vous devenez un avatar, qui peut finir en game over, et là c’est le drame, parce que souvent, la métaphore subtile (*tousse*) cache un véritable trépas dans la vraie vie.

On pourrait croire qu’il s’agit juste d’histoires bonnes à se faire peur… Cependant, le monstre-jeu a des émules dans notre monde réel, à travers le phénomène des creepypastas.

Les creepypastas, pour ceux qui ne connaissent pas ce mot, sont les légendes urbaines des 20e et 21e siècle qui circulent sur internet.

Jadis, on se les relayait à travers des chaînes de mail :

« Attention, il y a des gens qui vous attendent à la sortie des supermarchés pour vous agresser… Prévenez tous vos amis, et si vous brisez la chaîne, un mouton viendra vous manger dans votre sommeil. »

C’était l’ancienne époque des hoax.

Aujourd’hui, les jeunes les diffusent sur YouTube et autres médias sociaux :

« Le Slender Man, il va enlever tous les petits enfants ! RT apprécié, sinon une panne de 5G s’abattra sur toi et tu perdras tes codes Netflix… »

Un des creepypastas les plus célèbres est celui du Momo Challenge, dans lequel des joueurs suivent des instructions données par un dénommé « Momo », de plus en plus violentes, jusqu’à les pousser au suicide. S’ils n’obéissent pas, ledit Momo qui connaît leur adresse et leur identité va débarquer chez eux pour leur pourrir la vie et faire du mal à leurs proches. C’est un fake, hein, une boutade de très mauvais goût, le Momo Challenge n’existe pas.

Un jour, je vous raconterai sa vraie histoire.

Par contre, ce jeu-monstre a quand même suscité des enquêtes réelles de policiers réels pour savoir si divers suicides réels ne correspondaient pas à ce jeu fictif. Des parents réels préviennent des marmots réels de ne pas jouer à n’importe quoi avec n’importe qui sur le web. (Ils ont raison, hein. Écoutez vos géniteurs !)

Quand la réalité devance la fiction… Les jeux nous font peur. Ils nous invitent à nous dépasser et à prendre des risques. Des gens décèdent chaque année dans des défis stupides pour impressionner leurs potes. (Je me souviens de cet Anglais qui avait voulu avaler un hamburger entier sur un pari. Mort par étouffement.)

Au cinéma et dans la littérature, plusieurs catégories de jeux-monstres existent :

  • Le jeu qui devient hanté, le plus souvent des poupées (Jeu d’enfant de Tom Holland). On peut ajouter aussi les planches de ouija, les jeux d’échecs magiques (Harry Potter)…
  • Le jeu qui vous entraîne en lui : jeu de société (Jumanji n°2 et 3) ou jeu vidéo (Tron)
  • Le jeu qui s’échappe de son contenant et débarque chez vous : même chose, jeu de société (Jumanji n°1) ou jeu vidéo (Pixels)
  • Le jeu de rôle tellement immersif qu’il finit par se retourner contre vous et à vous emmener loin loin dans le délire (The Game, film avec Michael Douglas ou en l’occurrence Game Night).
  • Les jeux marrants au début, mais que vous ne pouvez plus arrêter à la fin. (Nerve en science-fiction, Le Jeu de Fred Cavayé au rayon soirée entre potes qui déconne, Action ou vérité de Jeff Wadlow si vous appréciez les sourires bizarres et l’épouvante)
  • Enfin, les jeux divers et variés auxquels vous ne voulez PAS jouer, mais vous vous retrouvez quand même coincé dedans comme un gladiateur plongé dans l’arène. (Battle royale, Hunger games, Escape game d’Adam Robitel. Très chouette, ce petit dernier !)

Si pendant le confinement vous jouez en famille, soyez prudents. On ne sait jamais ce qui peut se passer.  =)

Sources : Allociné, Wikipédia, Copyright WARNER BROS. ENTERTAINMENT INC. AND RATPAC-DUNE ENTERTAINMENT LLC / Hopper Stone

3 commentaires sur « Film : Game Night de Jonathan Goldstein et John Francis Daley »

  1. « Chouette, chouette » me suis-je dit, un article sur l’une de mes passions, les jeux de toutes sortes !
    Bon, je dois dire que je me demande si je n’aurais pas mieux fait de m’abstenir de lire : je risque de flipper à chaque fois maintenant ! ^^
    Non, mais c’est très bien fait, quand j’ai lu ton concept de « jeu monstre », je me demandais si tu n’avais pas un peu abusé sur des substances illicites, mais, après lecture, je dois dire que ça se tient carrément ! Toujours aussi passionnant !
    Et très intriguée par ce Momo challenge, j’espère que tu nous raconteras bientôt ! ^^
    Allez, je file, mon fils m’attend pour jouer à Jaipur… Aaaah je tremble un peu ^^

    Aimé par 1 personne

  2. Ahah, fais attention, prévoit toujours de quoi réaliser un exorcisme. =D Et si tu entends les tambours, cours !

    Ça me fait penser, Nerve, c’est le genre de film qui te plairait peut-être, dans le registre YA. Il est plutôt choupinet et le rythme tient jusqu’au bout.

    Aimé par 1 personne

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